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Visite de travail d’AKUFO-ADDO à Lomé : oubliée, la question du «Togoland» ?…

A quelques jours de la reprise du procès des trois indépendantistes du « Togoland », arrêtés début mars au Ghana, le Président Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, effectue à Lomé, sa première visite d’Etat en terre togolaise, pour dit-on, «officiellement» renforcer les partenariats mis en œuvre dans le cadre de la Grande commission mixte de coopération entre le Ghana et le Togo. Mais, la «gestion de la question du Togoland», latente depuis entre les deux voisins, liés par l’histoire, aura sans doute pesé dans les échanges. Et à Lomé, d’éclaircir sa position, par rapport aux velléités de sécession, fussent-elles pour le moment, circonscrites et sans gravité.

Au commencement était un Togo allemand

Juillet 1884. L’explorateur allemand Gustav Nachtigal signe sur les côtes de Baguida, un «Traité de protectorat» avec le roi Mlapa III de Togoville, qui va donner son nom au pays. Un an plus tard, la côte fut officiellement attribuée à l’Allemagne, suite aux concessions faites à la France, au sujet des villages de Petit-Popo, de Porto-Seguro, et du territoire de la future Guinée française. Feu vert donc pour la conquête de l’arrière-pays. Mais quelques semaines après le début de la première guerre mondiale, en août 1914, les Allemands sont «chassés» du Togoland, un territoire d’environ 90.400 km², à la faveur d’une opération conjointe franco-britannique, laissant derrière eux, une «Musterkolonie», une (colonie modèle) où régnaient déjà une gestion saine et une politique économique axée sur le développement des voies de communication (wharf, chemins de fer, postes, télégraphies sans fil de Kamina, téléphones, routes, etc.). L’heure était donc au partage du Togo allemand par les puissances française et britannique. Le Togo français obtint une superficie de 56.600 km², alors que la partie occidentale, limitée à 33.800 km², le «Togo Britannique», appelé également «Trans-Volta Togo», était attribuée à la Gold Coast. C’est cette partie, par un référendum biaisé en mai 1956, va se voir accorder l’indépendance et intégrer dans la foulée, l’ex Gold Coast, créant ainsi une entité unique, devenu un nouveau Etat indépendant, le 6 mars 1957. Mais, si le rattachement du «Trans-Volta Togo» au Ghana, a fait taire tous remous pendant quelques années, de 1960 à 1970, des mouvements indépendantistes et sécessionnistes vont naître et se faire entendre. De quoi inquiéter Accra et pourrir pendant des années, les relations entre les deux pays. Accra accusant Lomé d’attiser les revendications sécessionnistes, et Lomé d’accuser Accra, de soutenir et d’entretenir une opposition armée, contre son pouvoir.

Le vent de la sécession

Mécontentes de la situation qui leur est faite depuis l’indépendance, un « Togoland » peu développé, comparé aux autres régions du Ghana, ces populations du Sud-Est, majoritairement de l’ex «Togo Britannique», et dans un cadre géographique bien défini, menacent de nouveau depuis quelques mois, de quitter «l’Union ghanéenne»; allant jusqu’à se fixer une date, pour leur indépendance. Des mouvements nés des frustrations accumulées pendant des années, et du sentiment d’abandon de leur zone, au profit des autres régions du pays. Le plus actif de ces mouvements étant le «Homeland Study Group Foundation», qui réunit tous les partisans du Togoland! C’est ainsi qu’à sa naissance en février 2016, il lancera sa demande de sécession, réclamant l’indépendance de ce qu’il appelle le «Western Togoland State», ou l’Etat du Togo Occidental. Le territoire couvre la Volta Region et une partie du Nord-Est Ghana, depuis la ville de Kulungugu, frontalière du Burkina Faso, jusqu’à la côte. Pour ces meneurs, d’une fronde inouïe, «l’union annoncée en 1956 n’a jamais eu lieu». A noter que c’était la toute première fois, qu’une telle demande venait du pays (en interne, au Ghana), et non des «Voltarians» de la diaspora, ces habitants de la région qui se font appeler ainsi, au lieu de Ghanéens. «C’est le début d’une synergie d’actions d’un groupe de pression, pour soustraire ce territoire, de 33.800 km², d’un attelage qui n’a pas réussi, et qui n’a en rien profité aux populations concernées, depuis plus de 50 ans, sur les plans social, économique et de sécurité financière», déclare Charles Kormi Kudjordjie, le président du groupe sécessionniste. …….Un an plus tard, le leader reste toujours intraitable, affirmant que les différents pouvoirs politiques ghanéens, qui se sont succédé à Accra ces dernières décennies, n’ont pas tenu leurs promesses vis-à-vis de leur région.

Lomé a-t-elle son mot à dire dans ce vieux différend?

Ainsi, alors qu’ils tenaient un rassemblement et distribuaient des T-shirts à l’effigie de leur territoire, trois des indépendantistes ont été arrêtés début mars 2017, puis traduits en justice, pour un procès ouvert le mardi 11 avril au tribunal de Ho, la capitale proclamée de l’ex «Trans-Volta Togo», puis reporté au 12 mai prochain. Ils sont accusés de trahison, pendant qu’ils appelaient à une indépendance ce 9 mai, d’une zone qui n’exploite pas jusque-là, ses ressources minières. La diaspora y avait en effet, révélé l’existence de fer, de bauxite, et de d’or. C’est dans ce climat que le président Akufo-Addo, a foulé mardi dernier, le sol togolais, pour une visite officielle de 3 jours, dans un pays, qui malgré les décennies, reste encore sensible à la question de cette patrie amputée, même si le pouvoir Gnassingbé, pendant des années, n’y a trouvé qu’un moyen, d’embêter le voisin de l’ouest, de temps à autres. Officiellement et selon la présidence ghanéenne, cette visite vise «à se présenter aux gouvernements et peuples des pays voisins du Ghana, tout comme le nouveau Président lui-même, et à renforcer les relations bilatérales avec chacun des Etats visités» La gestion de cette situation délicate, du « Togoland », dont l’indépendance, en toute hypothèse, n’est envisageable dans un futur proche, a de quoi peser dans les relations futures, entre les deux pays. D’ailleurs, un certain nombre d’analystes sous-régionaux, y voient la raison principale de cette visite de 72 heures, du numéro un ghanéen à Lomé.

Cogetra
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