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Transport aérien régional : La bataille entre Lomé et Abidjan

En apparence, entre Lomé et Abidjan, tout va pour le mieux. Sauf que derrière cette fraternité de façade, se livre une guerre feutrée, sans merci entre deux capitales. En cause, le contrôle du trafic aérien sous-régional, qui conférera à vainqueur, le statut enviable et stratégique de « Hub sous-régional », avec tous les avantages liés pour l’implantation et le développement des affaires.

Première économie de l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) et troisième de l’espace CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), après Lagos et Accra, Abidjan avait sans doute, et ce jusqu’à la fin des années quatre vingt dix, beaucoup de cartes en main pour devenir dans la sous-région Uemoa, le premier Centre des affaires, et naturellement, le hub sous-régional du transport aérien.

Mais, avec la crise politico-armée qu’a connue le pays durant la décennie deux mille, le départ d’Abidjan de la BAD ( Banque Africaine de Développement), la disparition de la Compagnie Air Afrique, entre autres, Abidjan avait perdu cette position de capitale sous-régionale, laissant du coup le champ libre à d’autres ambitions de se manifester.

Ainsi, sur le plan ouest-africain, Accra, qui depuis a connu deux décennies d’essor économique, affiche aujourd’hui clairement ses ambitions. Dans le même temps, sur le plan sous régional, Lomé redevenue attractive après des années de recul, et depuis en pleine reconstruction, peut s’appuyer sur son nouveau regain d’intérêt économique.

Avec le retour d’Alassane Ouattara aux affaires à Abidjan, et de la capitale ivoirienne sur scène sous régionale, Abidjan entend désormais jouer pleinement le premier rôle qui a toujours été le sien. Surtout avec le retour de la BAD sur la place ivoirienne, et sans compter la BRVM (Bourse Régionale des Valeurs Mobilières de l’UEMOA) qui aussi y siège.

Mais, dans cette bataille, Lomé ne manque pas elle non plus d’atouts. Elle qui aussi abrite des institutions régionales de premiers plan, aux rangs  desquels, la BOAD (Banque Ouest Africaine de Développement), le très convoité groupe bancaire  panafricain Ecobank, la BIDC (la Banque d’Investissement de la CEDEAO), et … le groupe Orabank,  et bien d’autres.

Dans ce domaine plus disputé du transport aérien, Lomé peut d’ores et déjà compter sur deux grands transporteurs régionaux, qui tous deux, ont fait son choix comme hub. Le major Ethiopian Airlines, dont l’envergure n’est plus à présenter, et la jeune compagnie, Asky, qui y a aussi son siège.

Ainsi, la naissance et le démarrage d’activités de la compagnie aérienne Asky, qui se veut panafricaine, tant dans ses objectifs que dans ses dessertes, vont mettre en lumière cette rivalité.

Après avoir essayé vainement de récupérer le siège social, la base d’exploitation de la compagnie naissante, Abidjan va freiner des quatre pieds, la délivrance de l’autorisation nécessaire à Asky pour la desserte de la capitale ivoirienne. Des entraves qui malheureusement ou heureusement, ne tiendront pas longtemps.

Qu’à cela ne tienne, Abidjan va ressusciter sa défunte compagnie Air Ivoire, rebaptisée à l’occasion Air Côte d’Ivoire, non seulement pour garder son trafic local, mais également pour se déployer dans la sous-région, en concurrence directe avec les efforts de desserte d’Asky, des grandes villes de la sous-région.

Une façon de marquer sa différence, son cavalier seul, en s’inscrivant dans un schéma hors-communautaire, comme recherché par les Etats membres de l’espace Uemoa, en décidant de la naissance de la compagnie, pour combler le vide laissé par Air Afrique.

Une stratégie à  contre courant selon plusieurs experts, avec un  continent qui compte aujourd’hui, une centaine de compagnies nationales, dont plusieurs sont condamnées à déposer le bilan dans les dix prochaines années. Et pour cause, « trop nombreuses  et pas assez rentables » pour pouvoir concurrencer les grandes compagnies étrangères.

Pendant ce temps, ASKY qui croit en ses chances et en sa stratégie, et qui se veut une Compagnie panafricaine, tant dans ses objectifs que dans son essence, va privilégier les partenariats avec une vingtaine de compagnie de la région, pour couvrir dix-neuf pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, avec une réussite qui aujourd’hui,  se précise et se renforce.

Mais, Lomé qui croie désormais en ses chances, veut aussi se donner tous les moyens pour être à la hauteur du challenge.

En ce sens, depuis 2012, elle a entrepris la modernisation de son aéroport, qui selon des estimations, aura coûté pas moins de 150 milliards FCFA. Des travaux financés par un prêt de China EximBank, et qui devraient permettre à l’aéroport international Gnassingbé Eyadema (AIGE), d’accueillir en moyenne, 2,5 millions de passagers par an et quadrupler le traitement de son fret annuel.

Mais, Lomé qui a aussi mis en place un certain nombre d’avantages et mesures fiscaux, n’entend pas s’arrêter en si bon chemin, pour attirer d’autres transporteurs internationaux. Ainsi, seraient attendues d’ici quelques mois, l’arrivée de nouvelles compagnies, deux à trois supplémentaires, intéressées par la plateforme aéroportuaire de Lomé, pour en faire leur hub de desserte de la région ouest africaine.

Comme quoi, Abidjan devra encore batailler dur, pour arriver à supplanter Lomé, sur ce terrain de premier hub de desserte aérienne de la sous-région subsaharienne. Mais pour rester dans la course, Lomé, elle, devra compter davantage sur une volonté politique affirmée, sans faille, et prête à la soutenir jusqu’au bout.

Cogetra
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