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Situation de développement au Togo : difficile d’échapper à la réalité

Au pays de Faure Gnassingbé, on est encore loin, bien loin de s’accorder sur l’essentiel. Pour les uns, tout va bien, mise à part une conjoncture internationale morose ; tandis que pour les autres, la situation va de mal en pis. Et à l’auto-satisfecit des gouvernants, le petit peuple d’opposer récriminations et insatisfactions. Quant aux partenaires au développement, difficile de prendre position. Tellement la situation est délicate, et la marge de manœuvre ténue. Mais, pendant ce temps, au plan international, les études se suivent et se ressemblent. Le pays reste toujours désespérément mal classé, mal noté. A croire que, toute la communauté internationale, s’est liguée contre le petit Togo.

La belle image de carte postale

Difficile aujourd’hui de dire au Togo, que les choses ne bougent pas, et que tout va toujours mal. Allusion aux années 90 et début 2000. Tant le contraste est saisissant. Sauf bien entendu, pour quelqu’un de mauvaise foi. Pour ce partisan du pouvoir de Lomé, « nos réalisations parlent d’elles-mêmes ».

En effet, de Lomé à l’intérieur du pays, la physionomie des grandes agglomérations a bien changé. L’urbanisation galopante et les nouvelles infrastructures routières sont passées par là. Sans compter l’éclairage public, qui a sorti les villes du pays, de la nuit des temps, et fait reculer l’obscurité, et rallonger le jour.

Une belle image de carte postale, pour l’étranger de passage, et le premier du village, débarquant en ville.

Le mal togolais

En effet, pour comprendre le mal togolais, il faut quitter le carré de la nouvelle bourgeoisie togolaise, une minorité compassée, et entrer dans les quartiers populaires, accéder aux concessions, et partager le quotidien de la grande masse laborieuse, pour comprendre la situation.

Ce fossé qui chaque jour, se creuse davantage, entre la classe dirigeante, et les populations qui au quotidien, doivent se battre pour survivre. On comprend dès lors pourquoi, tel un leitmotiv, neuf fois sur dix, on vous dira : « les routes, on ne mange pas ça ».

Il faudra bien se rendre à l’évidence, au Togo, l’essor économique est tout, sauf inclusif. Et la situation, loin de s’inverser.

Le paradoxe togolais

S’ils sont nombreux ces dernières années, à saluer la reprise économique et le développement du pays, surtout des infrastructures, ils sont aussi nombreux, ces experts, à tirer la sonnette d’alarme, sur l’endettement croissant et rapide du pays ; mais et surtout, sur le fait que cette croissance ne soit pas inclusive.

Il faut dire que depuis 2007, les autorités togolaises ne ménagent pas leurs efforts, pour faire entrer le pays dans la modernité, surtout en ce qui touche à l’amélioration du climat des affaires, condition essentielle pour attirer les investissements directs étrangers, base de la politique nationale de développement.

Des efforts salués par le Rapport 2015 « Doing Business » de la Banque mondiale, classant le Togo parmi « les dix économies du monde qui ont le plus progressé en matière de climat des affaires… ». Mais, faut-il le souligner, juste un bon de 15 places, pour se classer au 149e rang mondial.

Dans le même temps, au niveau macro-économique, la tendance est à la consolidation de la croissance de l’économie.

Selon le Rapport 2015 de la Banque Africaine de Développement (BAD), « les estimations et projections à court et moyen termes, restent favorables, avec des taux de 5.7 en 2015, et 5.9 en 2016, sous les effets combinés du développement du commerce régional, et de l’augmentation des investissements  publics dans les infrastructures … ».

Mais, ce regain de dynamisme de l’économie togolaise, confirmé par diverses projections, cache mal un contexte social et de développement humain, des plus désastreux.

Ainsi, depuis 1980, les Indicateurs de Développement Humain (IDH) du pays, ne connaissent qu’une progression moyenne annuelle de 0,47%, en deçà  de la moyenne annuelle subsaharienne de 0,5%. Résultat, à l’échéance des OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement), seuls deux objectifs semblent avoir été atteints : l’éducation primaire pour tous, et l’inversion de la tendance de progression du VIH / SIDA.

Sur le plan de la réduction de la pauvreté et du chômage, les chiffres restent décevants, indiquant par là même, l’échec de la politique nationale, engagée ces dernières années.

En effet, pour réduire la pauvreté et le chômage au Togo, le gouvernement, avec l’appui des partenaires au développement, va s’engager à conduire une Stratégie de Croissance Accélérée et de Promotion de l’emploi (SCAPE), durant la période de 2013 à 2017. Dotée d’un budget de 616,8 milliards FCFA, étalé sur cinq ans, ce fonds devait permettre de réduire le taux de prévalence de la pauvreté au Togo, estimé à 61%, en augmentant le revenu moyen des populations, de 3 à 4% par an. Ceci, par le renforcement du caractère inclusif de la croissance, et la création d’emplois, surtout  chez les jeunes.

Malheureusement, cette stratégie, pourtant porteuse d’espoir, semble aujourd’hui avoir échoué. En témoignent, la pauvreté et la précarité, qui se sont généralisées au niveau de toutes les couches sociales, avec de plus en plus, de fortes disparités sociales entre les populations, les villes, les villages, et les régions administratives.

Une situation confirmée par plusieurs études

Contrairement au discours officiel, la situation du pays, du pays profond, est loin d’être rose. Une situation, confirmée inlassablement chaque année, par plusieurs études, faisant aujourd’hui autorité: les classements de Doing business, de Transparency International, de l’ONU sur le bonheur, de l’ONU sur le Développement Humain, de plusieurs autres organismes, sur le développement, la compétitivité, la prospérité, l’Entreprenariat, etc…

Toutes ces études, ont ceci de commun : le Togo est et reste, un pays toujours mal noté, mal classé. Aussi bien sur les plans continental et mondial, le pays arrive difficilement à monter dans les classements, généralement, inscrit dans les quinze derniers rangs.

Et pour confirmer cette réalité, la dernière étude en date, celle-ci de nature à réconcilier tous les rapports précédents, celui de Legatum Institute, un Thing Tank londonien, intitulé « Africa Prosperity Report 2016 », conduite dans 38 pays africains, classe le Togo au 30ème rang de la prospérité en  2016.

Un classement loin derrière le Sénégal (7è), le Rwanda (8è), le Ghana (9è), le Burkina (10è), le Bénin (12è), le Mali (14è), le Niger (16è) la Cote d’Ivoire (20è), la Sierra Léone (25è), le Zimbabwe (29è).

Une étude basée sur des facteurs déterminants

Le nouveau classement établi, se base sur 90 éléments, regroupés en 8 catégories ; à savoir, l’économie, les opportunités, l’entreprise, la gouvernance, l’éducation, la santé, la sécurité, les libertés individuelles et le capital humain.

Des éléments et catégories que l’on retrouve par ailleurs, dans les déterminants de plusieurs études, allant de l’économie au social.

Certes, ces dernières années, le pays a eu à faire des efforts pour améliorer sa situation sur ces différents points, mais tout semble toujours indiquer, que ces changements ou améliorations, ne sont ni profonds, ni déterminants pour impulser le vrai changement, nécessaire au développement du pays.

Le Ghana hier, et le Rwanda aujourd’hui, malgré quelques faiblesses, restent et demeurent, des exemples encore cités, en matière de changements, nés d’une volonté politique ferme.

Les résultats étant, les grandes avancées économiques, sociales et politiques, véritables socles sur lesquels, se construisent aujourd’hui leur économie, et la prospérité de leur pays.

Cogetra
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