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Togo secteur informel :Le marché très lucratif de la friperie

Activité en très grand progrès au Togo, la friperie ne laisse personne indifférent dans le pays. Elle fait tourner l’économie et génère plus du milliard de franc CFA chaque année à ceux qui en vivent. C’est en même temps devenu pour un grand nombre de jeunes, un moyen de se sauver d’un chômage un peu plus habituel à Lomé.

Lomé, quartier Hedzranawoé, début mai et lundi à peine 6 heures du matin, le marché est déjà plein. Jeans, robes, chaussures, sacs à main, sacs au dos, chaussettes, manteaux, pardessus, etc., sont étalés à perte de vue sur des étagères de fortunes. Ici, la friperie s’arrache comme un besoin vital. Hommes comme femmes, adultes et parfois aussi enfants, personne ne laisse passer aucune occasion. Telles des mouches, ces vêtements d’occasion attirent tout le monde. Avant même l’ouverture de la balle, consommateurs directs et revendeurs sont déjà aux aguets. « C’est une habitude ici. C’est la même chose tous les jours. Ne soyez pas surpris. Ici il faut venir très tôt, parfois à 4h00 ou 4h30, pour choisir les meilleurs produits, selon qu’on soit revendeur ou consommateur direct. Moi-même, je viens très tôt le matin pour d’abord faire le tour des étalages afin de détecter les produits à acheter selon la demande de ma clientèle », confie Isaac Fonkou, un jeune qui refourgue la friperie à Adidogomé un autre quartier de Lomé. Pour lui, la qualité essentielle pour cette pratique est d’avoir l’art de marchander et savoir repérer la bonne qualité le plus rapidement possible, car « il y en a pour toutes les qualités et tous les prix », précise-t-il. Si l’activité a été jadis dominée par les commerçants ibos (ethnie nigériane), on y retrouve aujourd’hui de courageux Togolais qui n’hésitent pas et s’adonnent à cette trouvaille hautement mercantile. En même temps, la friperie au Togo est devenue une convoitise de toute sorte de marché en Afrique de l’ouest. Des vendeurs de diverses nationalités (Côte d’Ivoire, le Ghana, le Burkina Faso, le Bénin, le Gabon, etc.) n’hésitent pas à venir faire leur ravitaillement à Hedzranawoé. « Nos clients sont de différentes nationalités. Je reçois des commandes d’un peu partout des pays de la sous-région. Hier mes clients du Bénin sont arrivés et d’ici quelques heures ils viendront faire leur choix. Je peux aussi vous confirmer que ces dernières années, les gens quittent le Gabon pour venir acheter la friperie ici pour les revendre là-bas», a précisé un grossiste nigérian, Patrick Osinbajo. Hedzranawoé, devenu dans la foulée le deuxième marché le plus populaire du Togo après celui des Nana Benz, s’il tient si bon, c’est aussi grâce aux milliards de francs CFA qui passent par là. Lesquels attirent par la même occasion plusieurs jeunes au chômage qui se muent tout de suite en d’excellents vendeurs.

Un marché qui génère plusieurs milliards de francs CFA

A ce jour, les autorités ne disposent pas de statistiques claires sur la friperie ; et il faut souvent se contenter des témoignages des vendeurs et des consommateurs eux-mêmes pour se faire une idée. Mais au ministère du commerce, on estime que le milieu est très prolifique. « Je ne pourrai pas vous donner des chiffres clairs puisque nous n’en disposons pas pour le moment. Cependant, nous n’allons pas tarder à nous pencher dessus, car ce commerce génère plusieurs milliards de FCFA par an. C’est un secteur créateur de richesse et d’emplois et il va falloir bien le règlementer afin qu’il puisse contribuer suffisamment au PIB du pays », explique M. Lawson, un cadre de la direction du commerce intérieur. Selon lui, la friperie est entrain de devenir un fleuron de l’économie informelle du Togo. D’après nos investigations, il faut environ entre 500.000 francs CFA et 3 millions de francs CFA pour mettre sur pied une boutique de prêt-à-porter, selon la taille que l’on veut et la localisation géographique. Pendant ce temps, une balle peut coûter entre 150.000 francs CFA et 300.000 francs CFA, avec une contenance entre 200 et 250 pièces. Avec des prix qui varient entre 10.000 francs CFA et 200 francs CFA, et parfois aussi certains prix exagérés selon la disponibilité des portefeuilles des clients, un petit jeu mathématique permet d’avoir une idée du flux financiers de la friperie au Togo. « Eh, mon patron, il y a de l’argent. Il va tout le temps en Angleterre avec l’argent de la friperie. Il a deux maisons au Nigeria et une grande maison ici. Il a beaucoup de voitures. Des fois il fournit même les ministres. Nous l’aidons pour avoir de l’argent et nous pensons faire comme lui un jour », confie en rigolant un collaborateur d’un importateur de la friperie à Lomé. Pourtant titulaire d’une maitrise en science de la vie et de la terre à l’Université de Lomé, il ne pense aujourd’hui qu’à la friperie. Une reconversion en somme. Un chemin que plusieurs ont entrepris à ce jour.

« J’ai suivi une formation en secrétariat bureautique, en 2005, à l’intérieur du pays. Mais face au chômage, j’ai décidé, depuis cinq ans, de m’engager dans la friperie. C’est une autre forme d’entrepreneuriat. Ce commerce me permet aujourd’hui de nourrir toute ma famille », déclare Izudjeen Salami, un jeune revendeur au bord de la route à Agoè. Comme lui, quelques autres milliers de jeunes personnes et parfois vieilles n’hésitent pas à se sauver du chômage et de la misère avec la friperie. Ils sont de plus en plus convaincus tous les jours et au gré des chiffres réalisés, d’avoir fait le bon choix. Et en attendant, rien ne prouve le contraire.

Maillon essentiel du secteur informel

Si Nicolas Lawson, homme politique togolais, pour illustrer le secteur informel parle de 80% de capitaux morts du pays, ce n’est sans doute pas pour faire de la politique politicienne. Les études du ministère togolais du commerce confirment bien que le secteur informel joue également un rôle de régulateur social et représente 80% des activités économiques du pays alors qu’il contribue à 40% du PIB national. Une contribution dans laquelle la friperie figure en grande place. D’après des résultats découlant de recherches d’étudiants en commerce à des fins d’exposés scolaires, près de 100 % de familles togolaises consomment ou vivent de la friperie, tout comme cela le serait pour la tomate, le sel de cuisine ou encore l’oignon. « Je suis tout de même surpris que le gouvernement n’ait pas encore réorganisé le secteur de la friperie au Togo. C’est une activité dont le flux financier est palpable et très visible. Et puis, on perçoit bien des impôts auprès des boutiques de prêt-à-porter, non ? Comment peut-on ne pas avoir des chiffres clairs sur cette activité ? », s’interroge Jules Baféna un économiste togolais. Mais évidemment, conscient de l’importance grandissime du secteur informel pour l’économie du pays, les autorités togolaises avaient déjà mis en place en 2009 la Délégation à l’organisation du secteur informel (DOSI), afin d’organiser et structurer le secteur, de proposer des textes législatifs et réglementaires devant le régir et enfin contrôler et réguler les activités inclues. Avant d’arriver là, il faudra bien sûr des études statistiques pour maitriser les contours économiques, financiers et même humains par activités. Un grand chantier pour les autorités togolaises.

Cogetra
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