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Togo : Politique de développement Attention à la politisation du PND

Depuis quelques semaines, le Togo et sa capitale Lomé, vivent au rythme du PND.

Un Plan National de Développement, couvrant la période 2018 – 2022, et sensé amorcer l’ « émergence économique » du pays, d’ici 2030.

Un ambitieux projet, soutenu par un budget tout aussi ambitieux, 4.622 milliards F CFA, soit trois fois aujourd’hui le budget national, et qui laisse plus d’un songeur; tant le Plan suscite espoirs et craintes.

Mais, pour le pouvoir de Lomé, l’heure n’est plus aux tergiversations, il s’agit vite d’aller en besogne, en campagne, convaincu de tenir là, la clé de sa réussite, et … de sa reconduite en 2020, à la présidence de la République, pour un nouveau mandat.

Le PND et ses ambitions :

Pour un petit pays africain, de la taille du Togo, le PND (Plan National de Développement) reste un important projet, ambitieux de part l’investissement, et les résultats attendus. A la limite, une « promesse de campagne ». Et pour les autorités togolaises, il s’agit ni plus ni moins, « …. de faire du Togo, une nation à revenu intermédiaire économiquement, socialement et démocratiquement solide et stable, solidaire et ouverte sur le monde ». Globalement, « transformer structurellement l’économie, pour une croissance forte, durable, résiliente, inclusive, créatrice d’emplois décents et induisant l’amélioration du bien-être social ».

Un programme important, sinon le projet-phare des quinze années de pouvoir du Président Faure Gnassingbé, fils et successeur de l’ex-Président défunt, Eyadéma Gnassingbé, qui a régné sans partage sur le pays, durant trente six ans, donnant aujourd’hui au pouvoir togolais, une allure dynastique, que lui reprochent depuis ses opposants politiques.

Et à défaut de gommer cet aspect du régime, le PND est là pour affirmer et conforter les bonnes intentions du pouvoir de Lomé, pour qui son ambition première, est de « jeter et consolider, les bases de l’émergence future du Togo, d’ici 2030 ». Un vrai programme.

Un projet qui suscite interrogations :

Si sur le papier, le projet reste séduisant, dans ses objectifs et surtout dans sa réalisation, des observateurs avertis émettent des réserves, sinon …des craintes.

Pour Kako Nubukpo, Professeur d’économie, et ancien ministre togolais de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques, d’ailleurs auteur du Rapport « Togo : Vision 2035 »,

conceptuellement, il y a déjà « un problème entre le cadrage macro-économique du PND et les objectifs qu’il se fixe », et d’émettre des doutes quant à l’atteinte de ses objectifs. Et qu’en l’état actuel des choses, cela ne fera que contribuer à un « processus d’endettement croissant du pays, puisque le Togo emprunte sur le marché de taux d’échange à 6,5 %, alors que le scénario de base est de 5,2 % ».

De quoi doucher l’enthousiasme des porteurs du projet, et verser de l’eau au moulin de ses détracteurs, qui ne veulent voir en ce « Plan », que de la poudre aux yeux.

Et pour cause, dans le cas pessimiste d’un échec, même partiel de ce projet, alors que la dette publique du pays culmine déjà à 70,7 % du PIB (Produit Intérieur Brut) national, soit environ 1.881 milliards F CFA, engageant l’Etat à consacrer 42 % de son budget, rien qu’au remboursement de la dette, il y a bien de quoi s’inquiéter.

Le battage autour du projet :

Difficile aujourd’hui de faire la part des choses, entre la recherche d’une adhésion populaire nécessaire autour du projet (PND), et l’idée de reconquérir les cœurs et esprits, après plusieurs mois de contestations populaires, d’un régime cinquantenaire, accusé à tort ou à raison, de tous les maux que vivent aujourd’hui les togolais.

En effet, depuis quelques semaines, avec le lancement en fanfares du PND le 4 mars dernier, le Togo et sa capitale Lomé, vivent au rythme du PND. Sur les plans intérieur et extérieur, le Président Faure Gnassingbé et ses ministres, sont sur tous les fronts.

Des déplacements, des manifestations, tout tourne désormais autour du PND, devenu le « produit – star », à vendre à tous les publics, investisseurs étrangers, et populations démunies locales.

Au plan intérieur, une campagne dénommée « PND TOUR », lancée début avril, invite chaque citoyen, aimant son pays, à participer à l’évènement, chacun dans sa localité. Une « caravane » en déplacement, va ainsi parcourir  villes et villages, pour expliquer aux populations, les enjeux du PND.

Un vrai déploiement sans précédent, pas loin d’une campagne élective. Seul problème, l’initiative intervient aujourd’hui, à contre-sens. Plutôt que d’obtenir la participation et l’adhésion des populations, dans la phase de conception et de montage du PND (Plan National de Développement), c’est une fois lancé, et dans sa phase d’exécution, qu’elles sont (les populations) appelées à y adhérer et à y participer ; mais comment ?

Les risques d’une politisation du PND :

 Le PND, malgré ses faiblesses avérées ou non, a quand même aujourd’hui, le mérite d’exister, et de pouvoir servir de plan-directeur, aux actions du gouvernement, jusqu’en 2022, année où il devrait prendre fin.

Un plan ambitieux, qui loin d’être achevé, parfait, gagnerait en efficacité et en adhésion populaire, en se nourrissant des critiques et observations diverses, pour des ajustements nécessaires. Toutefois,  les risques de sa récupération, et de son utilisation à des fins politiques, sont aujourd’hui bien  réels.

En effet, après plusieurs mois de contestations politiques, qui ont ébranlé le régime, créé des fissures, entre le pays réel et les gouvernants, et à quelques mois de l’échéance décisive d’une présidentielle togolaise, souvent difficile à négocier, grande est la tentation de faire du PND, l’argument de campagne.

En ce sens, il est aisé de donner raison à ceux qui pensent, qu’en réalité le PND, le nouveau Plan National de Développement, lancé à un an de cette consultation importante, ne serait rien d’autre que le « Projet de société » d’un Faure Gnassingbé déjà en campagne, à ce tournant décisif pour le régime, et où il y a lieu impérativement, de rallier les populations à sa candidature à un nouveau mandat, source de tensions politiques depuis dans le pays.

Les conséquences d’une politisation du PND :

 Malgré une reprise en main apparente du pays, les tensions politiques et sociales ne sont toujours pas encore conjurées. Il est même à craindre, qu’elles ne resurgissent à tout moment, à la faveur d’un incident.

Les revendications premières de l’opposition, aujourd’hui en manque d’un leadership, mais bénéficiant toujours des faveurs des populations, étant toujours intactes. Sans compter la précarité et une paupérisation grandissante, auxquelles les populations doivent faire face depuis déjà des années, et qui ne peuvent faire que le lit d’un scepticisme ambiant, à défaut de défiance,   à l’égard d’un projet, fut-il intéressant, porté par un pouvoir mal aimé.

Une réalité qui pourrait bien devenir, et assez rapidement, l’handicap premier du PND ; du moins au plan intérieur. A charge pour le bataillon de communicants appelés à la rescousse, de trouver la solution. Mais, pas une mince affaire, avec des populations qui votent plus avec leur cœur.

Cogetra
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