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Togo, lutte contre la corruption : Encore loin de la « Tolérance Zéro »

Si au niveau de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique), l’on juge les efforts et les résultats en matière de lutte contre la corruption dans le monde, encore nettement insuffisants, c’est dire qu’au Togo, on est loin, encore bien loin, de la « tolérance zéro » promise en 2015.

Et les quelques arrestations de responsables, opérées de temps à autres, dans l’administration publique et autres démembrements, pour diverses infractions assimilées, sont encore loin de convaincre le public, de l’effectivité de cette lutte.

La petite corruption de tous les jours :

Le drame pour les pays sous-développés, et pour un pays comme le Togo, c’est la généralisation, la banalisation, et l’acceptation de la corruption comme un mal nécessaire. Un avatar de la civilisation moderne, avec lequel il faudrait toujours compter.

Ainsi, le commun des citoyens, contribuable de son Etat, en vient à trouver normal, le fait de « glisser » un billet de 1000 F CFA, à un commis de l’administration publique, pour se voir délivrer rapidement, une copie légalisée d’acte d’état civil. Ou encore, 5 à 10.000 F CFA, selon ses moyens, pour accélérer la délivrance d’une pièce d’identité ou d’un titre de voyage. Normal aussi pour un chauffeur de taxi, ou un particulier au volant de sa voiture, arrêté pour infraction au Code de la circulation, et qui sans gène, « glisse » au policier ou gendarme venu le « verbaliser », 1.000 F ou 2.000 F, pour poursuivre tranquillement sa route.

Mêmes choses aux postes frontaliers, où durant les contrôles de bagages ou de fouilles de véhicules, il est toujours préférable d’avoir sur soi, des billets de banque, au cas où l’agent des douanes se fera plus tatillon.

Des scènes qui meublent le quotidien de tous les togolais, et qui depuis ne choquent plus personne. Et Dieu seul sait s’il existe encore aujourd’hui, un seul togolais, un seul citoyen responsable, qui ne l’ait pratiqué un jour.

Déjà en 2010, la Banque Mondiale, dans un Rapport, de s’inquiéter de cette « corruption discrète », profonde et très répandue en Afrique, avec des effets disproportionnés sur les pauvres, et donc des conséquences à long terme sur le développement.

De quoi s’inquiéter donc quand la morale collective en vient à banaliser des faits et comportements délictueux, à l’accepter et à l’intégrer à la norme sociale, parce que qualifiés à tort ou à raison de « petites corruptions ». Et pourtant, la même morale collective enseigne que ce sont les petits ruisseaux, qui font les grandes rivières. Ou encore que, « qui vole un œuf, volera un bœuf ».

La corruption à une autre échelle :

Si le phénomène n’est pas nouveau, il a pris de l’ampleur ces dernières  années, au point d’emmener gouvernements et organisations Internationales, à se saisir du  problème pour mieux le résoudre.

Autant la corruption est difficile à cerner, autant  il est difficile de la définir en deux mots. Mais l’ont peut entendre par corruption, « … le fait de solliciter, d’offrir, de donner ou d’accepter , directement ou indirectement, une commission illicite, ou un autre avantage indu qui affecte l’exercice normal d’une fonction ou le comportement requis du bénéficiaire de la commission illicite, ou de l’avantage indu ou  de la promesse d’un tel avantage indu ».

Mais la corruption peut également se manifester   sous d’autre visage ; par exemples, la soustraction de biens, le détournement ou autre usage illicite de biens, le trafic d’influence, l’abus de fonction, l’enrichissement illicite du produit du crime, le recel, l’entrave au bon fonctionnement de la justice, les infractions comptables, etc.

Des pratiques qui aujourd’hui à l’échelle nationale comme internationale, constituent de véritables fléaux, parce que devenues des handicaps au développement des  pays.

Et le Togo, qui n’a pas fait de la lutte contre la corruption, une priorité ces dernières années, a vu petit à petit, toute son administration se gangrener, au point de hisser aujourd’hui le pays, au rang des Etats les plus corrompus du continent.

L’on estime que les secteurs les plus touchés en Afrique par le phénomène, sont les infrastructures, bâtiments et travaux publics, les mines, les marchés de concession, et les entreprises publiques.

La grande corruption des multinationales :

Selon une étude récente de l’Union Africaine, la corruption coûterait  jusqu’à 25 %  du PIB (Produit Intérieur Brut) à certains pays africains. Quant à la Banque Africaine de Développement (BAD), elle estime à 50 %, les pertes occasionnées par la corruption aux Recettes fiscales africaines, sans compter son impact sur les prix des produits et prestations, surévalués généralement autour de 25 %.

Un phénomène qui coûte cher aux Etats-Unis, et fragilise davantage les plus démunis.

Ainsi, en 2010, l’on estimait déjà les pots – de – vin versés par les multinationales aux politiciens et hauts fonctionnaires des pays en développement, à près de 40 milliards de Dollars US, annuellement.

Cette « pratique qui vise à proposer, sans droit, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques pour obtenir d’une personne dépositaire de l’autorité publique, chargée d’une mission de service public, qu’elle accomplisse ou qu’elle s’abstienne d’accomplir un acte de sa fonction, de sa mission ou de facilité par sa mission ou son mandat »

Une corruption donc de haut niveau et de grande ampleur, mettant en scène des multinationales opérant en Afrique et des politiques et hauts fonctionnaires locaux, bénéficiant de la complicité de grandes banques domiciliées dans des paradis fiscaux.

Le Président Buhari, qui depuis son arrivé à la tête du Nigéria, a fait de lutte anti-corruption, une priorité, évalue aujourd’hui à près de 150 milliards de dollars US, soit près de 100.000 milliards F,  CFA, l’argent public nigérian détourné, volé, et qui dort depuis dans les banques étrangères occidentales.

Et depuis, pas une seule semaine sans résultats tangibles, avec une Commission des Crimes Economique et Financiers (CCEF), plus déterminée que jamais.

Le mois dernier par exemple, suite à un audit, la CCEF a ordonné l’arrestation de Jide Omokore, Président d’Atlantic Energy Drilling LTD, un proche de l’ancien Président Goodluck Jonathan. Ce dernier aurait obtenu de gigantesques actifs publics de la part de l’ancienne administration, sans aucune procédure régulière, et pour des prix 30 fois inférieurs à leurs valeurs de marché.

Multipliant les audits et les accords d’assistance mutuelle dans la lutte contre les crimes économiques, le nouveau pouvoir nigérian a pu rapatrier au pays ces dernières semaines, près de 800 millions de dollars US, respectivement de la Suisse, du Royaume Uni et des Emirats Arabes Unis. Des fonds détournés par les entourages directs des anciennes administrations et qui dormaient tranquillement dans des banques étrangères.

 Les exemples venus d’ailleurs :

Comme la dictature, la corruption aussi se nourrit du silence, de sa banalisation, mais er surtout aussi du fait que les populations en viennent à la considérer comme une fatalité.

L’expérience a montré que les votes de lois anti-corruption  ou la mise en place des institutions de lutte contre le phénomène, ne ne suffisent pas à elles seules, à limiter ou à éradiquer  le mal.

Il faut à la base, une volonté   politique forte, et déterminée, et des actions citoyennes.

Au Rwanda de Paul Kagamé, il a suffi de la détermination des autorités de la bonne gouvernance à titre d’exemple,  pour qu’en l’espace de quelques années, le phénomène soit pratiquement éradiqué. C’est la politique de « Tolérance Zéro » pour les corrompus et les corrupteurs.

Au Kenya, la détermination de la société civile, a permis en quelques années, de limiter la portée du phénomène.

Pour y arriver, il a suffi seulement à quelques citoyens, de créer un site internet, accessible à tous les citoyens pour dénoncer le phénomène. Chacun pouvant y accéder pour raconter son expérience, vécue au quotidien, en relatant dans les détails, des faits avérés de corruption, sans toutefois citer des noms. A charge pour l’autorité publique, de mener sa propre enquête pour débusquer les indélicats et les sanctionner.

En Europe et aux Etats-Unis d’Amérique, il existe même des lois encourageant et protégeant les « donneurs d’alerte », des citoyens volontaires, qui au courant de faits délictueux de corruption, saisissent les autorités, ouvertement ou dans l’anonymat, pour signaler des actes avérés de corruption.

Une façon de dire, que la corruption n’est pas une fatalité, mais bien un délit, qui doit toujours être dénoncé, combattu et sanctionné. Le phénomène se nourrissant du silence et de l’apathie des populations et de l’Etat.

Cogetra
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