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Hôtellerie : Le retour de l’Etat togolais aux affaires ?

Après avoir repris l’Hôtel Sarakawa, l’Hôtel 2 Février, et l’Hôtel le Bénin, actuellement sous pavillon Ibi, l’Etat togolais doit aujourd’hui montrer, qu’il peut être bon gestionnaire, en démentant autres pessimistes et mauvaises langues. Mais le départ prématuré annoncé, du groupe Carlson Rezidor, de la gestion de l’hôtel 2 Février, n’est simplement pas pour rassurer.

Le secteur hôtelier togolais jusqu’en 2000 :

 Pour un petit pays aux ressources limitées, mais très actif sur le plan international régional, le Togo pouvait se féliciter en ces années 1980, de disposer d’un des meilleurs parcs hôteliers de la sous région.

Des réalisations soutenues par une politique volontariste, pour doter aussi bien Lomé, la « Capitale des grandes rencontres », que plusieurs villes de l’intérieur du pays, qu’infrastructures hôtelières. Ainsi à Lomé, au rang des grands hôtels, l’on pouvait compter l’Hôtel 2 Février, l’Hôtel Sarakawa, l’Hôtel de la Paix, l’Hôtel le Benin, et… l’Hôtel Tropicana. Chacun, avec son histoire et ses heures de gloire.

A l’intérieur du pays, des hôtels non moins prestigieux, s’étaient faits un nom. Kara avec l’Hôtel Kara de son nom, Atakpamé avec Roc Hôtel, Kpalimé avec l’Hôtel du 30 Août, Agbodrafo, une cité balnéaire, avec l’Hôtel le Lac, etc. De quoi renforcer davantage le secteur touristique togolais, troisième contributeur aux ressources du pays en cette décennie 80.

Mais, à partir de 1986, frappé de plein fouet par une crise de la dette, doublée d’une crise économique mondiale, avec la chute des prix de matières premières, cette politique volontariste va se gripper. La mauvaise gestion aidant, tout le secteur, petit à petit, vaprendre l’eau. Et la crise socio-politique qui prendra la relève au début des années 90, a vite fait de lui donner le coup de grâce.

Le désengagement de l’Etat du Secteur hôtelier :

 Appelé à la rescousse en ce milieu des années 80, écrasé par le fardeau de la dette, le Togo va céder sous les diktats du FMI (Fonds Monétaire International) et de la Banque Mondiale : « l’Etat n’a pas vocation à se substituer aux opérateurs économiques. Et encore moins, sauver des entreprises mal en point. Fussent- elles publiques. Il faut donc vendre, ou à défaut, se désengager ».

Ce sera le début de la déroute, l’adieu à une certaine «folie des grandeurs. Ainsi, tour à tour, les fleurons de l’hôtellerie togolaise vont tomber.

Pour tous, le chemin sera le même. Des salaires versés au compte-goutte, des dettes qui s’accumulent, masse de personnel démotivé que l’on remercie, des équipements qui flanchent, l’entretien des lieux qui ne suit plus, et pour finir, des hôtels qui ne seront plus hôtels que de nom. C’est dans cette situation, qu’en ces années 90, vont débarquer des « repreneurs », qui à coups de corruption et de fausses promesses, vont se faire concéder, voire céder, pour des bouchées de pain, des hôtels qui, il ya peu, étaient encore des vitrines du pays.

Ironie de l’histoire, parfois avec le même personnel, l’accompagnement de banques locales (togolaises), et un semblant de toilettage de façade, ces mêmes hôtels sont quelques mois plus tard, remis en service, et comme par magie, de nouveau rentables, profitables. Sauf pour le concédant, l’Etat, qui doit se contenter des miettes, souvent bien éloignées des comptes d’exploitation réels.

La reprise en main de l’Etat :

 Les premiers à faire les frais de cette reprise en mains, seront les Libyens de la LAAICO (Libyan Arab African Inestment Company), à qui l’Etat togolais, incapable de rembourser à la Libye de Khadafi, des fonds à lui avancés dans le cadre des préparatifs du Sommet de l’OUA en 2000 à Lomé, a dû céder l’hôtel 2 Février, contre promesse de le rénover et de le remettre en exploitation avant 2010.

Les choses n’avançant pas au rythme, et à la satisfaction du pouvoir de Lomé, qui entre temps, a commencé à regretter cette cession, surtout avec l’effondrement de la Libye de Khadafi, Lomé tirera avantage et argument de l’incapacité de la LAAICO à exécuter sa part d’obligations et dans les délais, pour dénoncer cette cession et se réapproprier le phare de ses hôtels.

Plus tumultueuse, sera la fin de ses relations entre le Groupe Accor, avec qui en 1998, il a signé un contrat de bail, pour une durée de quinze ans, avec obligation pour le groupe hôtelier français, de rénover l’Hôtel Sarakawa, et de l’exploiter selon les standards internationaux 4 étoiles.

Ce à quoi le groupe ne s’est jamais exécuté, au contraire, il se contentera d’investissements légers, et d’exploiter l’hôtel durant tout le bail, sous l’enseigne « Mercure », l’équivalant de ses hôtels 3 étoiles. Suffisant pour que les autorités togolaises, au terme du bail en juillet 2014, refuse de le proroger, surtout que le Groupe Accor n’avait pas fait de demande expresse en ce sens, et dans le délai.

C’est donc manu militari, que le 13 juillet 2014, la justice togolaise à expulser le Groupe Accor de l’hôtel, sous astreinte de 500 millions FCFA par jour de retard. Repassé depuis sous la bannière nationale, l’hôtel est aujourd’hui géré par l’Etat et par délégation.

Si Accor a plié bagage, le Groupe est quand même resté au Togo, en continuant à gérer une autre de ses concessions : l’Hôtel le Bénin, exploité sous l’enseigne Ibis, légèrement en dessous du standard 3 étoiles, et dédié à une autre gamme de clientèle. Seulement, en Avril prochain, le bail de 15 ans, accordé au Groupe Accor sur cet autre hôtel, va arriver à terme. Et une fois encore, l’Etat togolais n’entend pas le renouveler.

A croire que le Togo veut tourner la page des concessions – exploitation de ses hôtels. Mais alors, il y a et de près, l’exemple de l’hôtel 2 Février, depuis l’année dernière, sous l’enseigne Radisson Blu.

La situation dans son ensemble

 Si à Lomé, on salue cette reprise en mains des choses par le gouvernement, qui depuis des années, a assisté sans réagir au déclin de ses établissements hôteliers, ce réveil tardif ne peut occulter la situation des autres infrastructures nationales, aujourd’hui quasiment à l’abandon. Et les quelques reflétions entreprises çà et là guère rien changé à la situation.

Le cas le plus illustratif, c’est celui de l’Hôtel Kara, un grand hôtel de dimension internationale, et qui depuis des années, n’est plus que l’ombre de lui-même.  Aujourd’hui, il faut ne pas avoir le choix pour y séjourner. Tant les conditions d’hébergement y sont désastreuses, et les conditions sanitaires inquiétantes. Même tableau, il y a encore quelques temps, au Roc Hôtel d’Atakpamé, ou à l’Hôtel 30 Aout de Kpalimé.

Des hôtels qui réaménagés, gérés avec professionnalisme et rigueur, devraient retrouver leurs splendeur et rentabilité.

Trouver une solution à la hauteur des enjeux :

 Si la gestion directe de l’État, des entreprises publiques a montré ses limites, les bails aux privés ont eux  aussi montré leurs tars. Il en est de même des privatisations qui elles aussi, n’ont toujours pas été à l’avantage des États africains.

Des raisons de plus pour trouver d’autre voie, alliant intérêts de l’État et efficacité de la gestion privée, dans un environnement parfaitement concurrentiel, obéissant aux règles rigoureuses du droit privé.

Le Togo a beaucoup à gagner, à conserver dans son patrimoine, tous ses établissements publics hôteliers,  que l’on disait voués à l’échec, sans perspectives d’avenir, alors qu’il a suffi au privé, d’en reprendre la gestion, avec professionnalisme et rigueur, pour faire de ces établissements, des entreprises à gagner de l’argent.

Se désengager aujourd’hui d’un secteur en pleine croissance, 3 à 5% annuellement, avec une fréquentation touristique autour de 4 à 5%, et dont les projections sont au vert, un peu partout en Afrique pourrait s’avérer une grosse erreur. Avec une douzaine d’établissements hôteliers, repartis sur Lomé et quelques villes de l’intérieur, l’Etat togolais peut légitimement ambitionner de créer un groupe hôtelier national, en se positionnant sur 2 à 3 segments du marché.

Objectif, adapter l’offre à la demande, à la fois intérieure et extérieure, en promouvant à la fois un tourisme intérieur et des loisirs, à côtés du tourisme étranger.

Et l’amélioration du réseau routier national et de la communication, sans compter les services de proximité, devrait contribuer au renouveau de l’hôtellerie nationale. Les grands groupes hôteliers internationaux,  qui voient en l’Afrique, un territoire d’avenir et d’expansion, d’affluer ces dernières années, pour des investissements accrus dans le secteur hôtelier.

Créer donc aujourd’hui un groupe hôtelier national, sous gestion privée, à partir du parc hôtelier national existant, ne ferait que contribuer au développement de l’offre touristique nationale, à travers une visibilité, et une compétitivité accrue.

La performance et la rentabilité, étant intimement liées à une bonne gouvernance, nécessitant le désengagement de l’Etat et l’interdiction de toute immixtion politique ou autre, dans structures de gestion mises en place.

Et comme le souligne un chercheur, l’Afrique peut se réinventer, hors des sentiers battus.

Cogetra
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