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Togo, gouvernance économique : Concilier légalité et légitimité

Ces dernières années en Afrique subsaharienne, et plus particulièrement au Togo, plusieurs grandes décisions, engageant l’avenir du pays, sur plusieurs décennies, ont été prises par l’exécutif, au nom du peuple, mais en l’absence d’un véritable débat de fond.

De quoi s’inquiéter, lorsque ces engagements, pour la plupart, entament une part de la souveraineté nationale, aux plans politique, économique, social, et voire culturel.

 La question de l’APE

Entendu Accord de Partenariat Economique, il est supposé se substituer aux différents accords successifs, qui depuis des décennies, rythment les relations ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique), CEE (Communauté Economique Européenne), devenue depuis UE (Union Européenne).

Un accord à tous points de libre échange, sensé dynamiser et développer les économies africaines, à travers l’ouverture des marchés entre l’Europe et ses partenaires sous-développés, mais qui en réalité n’est qu’un marché de dupes. Un accord taillé sur mesure, totalement à l’avantage des économies européennes, face à un groupe ACP, en retard et sans moyens pour tenir la concurrence.

Malgré ce désavantage évident, qui les condamne à terme, les pays africains, ne sauront dire non. Les premiers à déposer les armes seront les francophones, qui lâchement, chercheront à s’abriter derrière les anglophones, à travers la CEDEAO, mais sans grande conviction.

Et sous la pression de l’UE, portée par les anciennes puissances colonisatrices, ils vont tour à tour plier, contre promesse d’assistance financière de l’UE, avec un accord intérimaire pour sauver la face.

Si dans certains pays, le débat est descendu jusque dans la rue, au Togo, il n’y a quasiment pas eu de débats. Seules quelques voix pro-APE, institutionnelles, on fait quelques timides sorties.

Ironie de l’histoire, les mêmes européens, freinent aujourd’hui des quatre fers, pour ne pas signer un accord de même genre, avec les américains.

La question des OGM

Les OGM (Organismes Génétiquement Modifiés), issus de la science transgénique, dont le leader Monsanto, trouvent aujourd’hui leur application dans l’agriculture.

Présentés comme la solution pour produire en quantité et en qualité, sans êtres soumis aux aléas extérieurs de production, comme le climat, le sol et les organismes vivants peuplant les champs, les OGM sont à la conquête du monde.

Obéissant plus à une logique économique qu’éthique, et encore moins de lutte contre la malnutrition et la faim, le débat sur la production et commercialisation des OGM, est toujours d’actualité.

Si sur le plan de la sécurité sanitaire, son introduction dans l’alimentation pose problèmes, parce que comportant des risques, plusieurs pays et pas des moindres, dont des pays occidentaux, les ont purement et simplement interdits, dans certains domaines.

Sur le plan de la production agricole, beaucoup de continuer à s’interroger sur le bénéfice réel tiré par les producteurs. Les semences OGM, revenant cher et devant être renouvelées à chaque saison.

Une situation qui rend les producteurs, abonnés aux OGM, de plus dépendants, des fournisseurs.

Ainsi, après un long débat, en attendant décision définitive,  le Burkina à renoncé en 2016, à la culture du coton transgénique. Au Nigéria, autre pays de la région, le débat fait rage entre pro et anti OGM.

Au Togo, malgré son introduction sans débat il y a quelques années, dans la filière Café-Cacao, avec les déconvenues qui s’en sont suivies, aucun débat réel depuis lors, n’a été posé. Populations et agriculteur s, continuant d’évoluer en toute ignorance de la situation.

La question des Partenariats  Public-Privé

Depuis quelques années, plusieurs projets, et pas des moindres, ont été conduits et exécutés au Togo, sous le couvert des PPP (Partenariat Public-Privé), sans débats, ni règles officielles clairement définies.

Des projets portant sur des dizaines de milliards de Francs CFA, avec à clé, des concessions de domaines   publics ou de services publics, sur 25 à 35 ans. Des marchés souvent négociés gré à gré, sans appels d’offres, et dans la plus grande opacité.

Des questions dont en situation normale, le parlement devrait être saisi, voire la société civile, pour un débat élargi, consensuel et républicain.

Lorsqu’on  sait, que les engagements d’aujourd’hui, sont appelés à déterminer l’avenir des générations futures, il va sans dire que toutes les décisions s’y rapportant, devraient être mieux débattues, mieux encadrées, et suffisamment entourées de garanties. Et dans certains pays développés, le recours au référendum s’avère obligatoire dans ces genres de situations.

Ainsi, face aux abus de toutes sortes, et aux risques évidents de dérapages, les partenaires extérieurs de s’émouvoir et d’appeler l’exécutif à la retenue, à la prudence et à l’orthodoxie.

En l’absence d’un débat interne, mais et surtout d’un contrôle crédible institutionnel, la BOAD, depuis quelques mois, avec l’appui des autres partenaires au développement, et surtout de l’UEMOA, de chercher à introduire un cadre réglementaire communautaire, auquel tous les Etats de la région, seraient désormais tenus.

La question des réglementations communautaires 

Depuis son indépendance, le Togo a adhéré à plusieurs organisations sous-régionales, régionales, continentales, voire mondiales.

Des adhésions, des appartenances, qui impliquent des droits, des avantages, mais aussi des inconvénients.

Toute la question étant de savoir, la portée des différents avantages tirés de ces appartenances, comparés aux parts d’aliénation de la souveraineté nationale.

Surtout dans le domaine économique, où plusieurs cadre institutionnels, sont de plus en plus dictés par des organisations communautaires, rassemblant plusieurs économies de poids et de fonctionnement, parfois parfaitement différents et aux objectifs autonomistes.

Ainsi, laisser à quelques experts autoproclamés, souvent sans grandes expériences, des décisions stratégiques, parfois nettement désavantageuses, voire pénalisantes pour certaines économies de ces organisations, peut poser problème, surtout pour des pays comme le Togo, généralement sous-représenté.

La question des privatisations

Avec les privatisations, c’est une page d’une Afrique volontariste, décidée à prendre en main son destin, qui se tourne. Sous la pression du FMI et de la Banque Mondiale, plusieurs actifs des Etats, sont ainsi passés aux mains des privés. Pour la plupart des étrangers, ou tout simplement de prête-noms.

On a ainsi vu, des pans entiers des économies africaines, démantelés, au profit d’intérêts obscurs. La corruption et les réseaux politico-économiques, sont passés par là.

Au nom d’un certain libéralisme imposé, et parfois contre productif, on a contraint les Etats africains à se désengager de secteur pourtant productifs, porteur et stratégiques.

Même des années plus tard il existe encore des politiques africains,  à continuer de croire naïvement aux vertus du libéralisme chanté par l’occident.

Et pendant ce temps, au nom d’une certaine identité nationale, au nom d’un certain nationalisme, des secteurs entiers de leurs économies, sont interdits aux investisseurs étrangers, pour ne pas voir leurs économies aux mains de l’extérieur.

On a ainsi vu, en France comme aux Etats Unis, des industries, des infrastructures publiques comme privées, interdites de vente aux étrangers, fussent-ils allemands, américains, chinois ou arabes.

Et pendant ce temps, aux Etats africains, on continue de demander le désengagement total de l’Etat.

Face à ce démembrement, à ce bradage et à cette recolonisation qui ne dit pas son nom, des voix autorisées, d’appeler de plus en plus à une prise de conscience des dirigeants africains : « oui à la privatisation, mais pas à n’importe quel prix et dans n’importe quel secteur ».

D’où la nécessité d’une plus grande  transparence dans les processus de privatisation, mais et surtout, un débat national autour, quant aux priorités et intérêts stratégiques  des Etats africains.

Le Rwanda de Paul Kagamé y veille très jalousement. De même que le Maroc, l’Egypte, l’Afrique du Sud ou le Nigéria.

Le Togo a y à gagner en revoyant ses engagements.   Surtout dans le secteur minier où les Etats entendent aujourd’hui, conserver au moins 45% des actifs. Peu importe que l’entreprise existe déjà ou est à créer. Et peu importe que ces investisseurs soient étrangers.

Cogetra
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