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Togo, gestion publique : l’efficacité avant tout !

A force souvent de chercher à s’entourer d’amis, de proches, de partisans, voire de courtisans, au nom d’une certaine confiance dans l’action, le Président  togolais en vient souvent à négliger le contrôle, pour ne pas dire l’efficacité d’action.

De quoi se priver de gains de résultats, se couper des réalités, et essuyer régulièrement des déconvenues, et critiques du petit peuple.

La valse des proches :

Ces dernières années, ils sont quelques dizaines, souvent des proches, voire des intimes, à tomber brutalement de leur perchoir, et passer de la lumière à l’ombre, sans aucune explication, et encore moins de poursuites, pour des cas supposés de comportements délictueux, au détriment de l’Etat.

Ils sont ministres de la République, officiers des forces armées et de sécurité, directeurs de régies, hauts cadres de l’administration et conseillers, déchus et la plupart du temps, dans le plus grand silence.

Et les plus chanceux, les plus habiles, de revenir au devant de la scène, après quelques mois ou années de purgatoire, appelés pudiquement « recyclage ».

Seule ligne rouge à ne pas franchir, trahir la confiance du prince, la confiance ou les intérêts du groupe, ou simplement commencer à nourrir des ambitions, à pousser des ailes, à s’affranchir de la tutelle ou de la pesanteur du système, à jouer en solo, à devenir trop gourmand, à avoir la richesse tapageuse, ou à se prendre trop au sérieux…La liste n’étant pas exhaustive.

Ainsi, tant que vous restez dans le système, que le pacte de confiance n’est pas rompu, que la confiance du chef n’est pas trahie, ou que vous ne vous exposez pas trop, vous avez des chances, de fortes chances de demeurer à votre poste, et pour longtemps.

Un système qui ne rime pas nécessairement avec efficacité :

Beaucoup  doivent ainsi, leur ascension et leur longévité dans la vie publique togolaise, à un système cinquantenaire, véritable socle du régime, et dont les principes fondateurs sont la confiance et la loyauté absolues au groupe et à la tête.

Il ne s’agit pas ici, d’un simple fait de politisation d’une administration au service du pouvoir politique, mais bien d’un système qui transcende tout, et qui se nourrit de tout : cercles social, religieux, corporatiste, économique, ésotérique, associatif, etc.

La valeur première n’étant pas le mérite professionnel, la compétence ou une certaine expertise, au sens de l’intérêt collectif, naturellement l’on se retrouve face à des déficiences et approximations, à différents niveaux de responsabilité.

Ainsi, ces dernières années, plusieurs projets de restructuration ou de développement, engagés à grands frais, et qui sous d’autres cieux, auraient changé le cours  des choses, changé le quotidien des citoyens, ont lamentablement échoué.

Et ceci, faute de compétences, d’une bonne maîtrise des domaines, de contrôles et parfois de sanctions.

Un concours des choses, qui naturellement ne peut produire de résultats probants. De quoi retarder davantage le redressement du pays, et gâcher des occasions (favorables).

Promouvoir le mérite et la culture du résultat :

Arriver aujourd’hui à s’affranchir  du carcan d’un système, qui a déjà montré toutes ses limites, c’est la difficile équation qui reste posée au régime togolais, en mal d’efficacité, et sous peine de voir la situation échapper à tout contrôle, et réduire à néant, tout effort de redressement.

Certes, la confiance, et ceci à un niveau de responsabilité, reste essentielle, mais il est toujours possible de la conjuguer avec compétence et efficacité. La confiance d’un peuple, se nourrissant de résultats réels obtenus, surtout sur le terrain.

Une réalité qui semble avoir échappé quelque peu, ces dernières années, au pouvoir togolais, confronté aujourd’hui aux limites d’un système, devenu son premier et réel ennemi.

Pour Paul Kagamé, le président rwandais, qui a élevé la culture du résultat au rang de système, «  personne ne peut produire des résultats, s’il n’est pas tenu de rendre des comptes ».

Et pour cela, rien de mieux que les bonnes personnes, aux bons postes. Les bonnes personnes étant supposées les bonnes compétences. Un premier pas vers l’efficacité.

Mais, comme le souligne aussi un enseignant-chercheur de l’Université de Lomé, la compétence ne se limite pas seulement au diplôme d’une grande Ecole ou Université, mais aussi s’étend aux expériences et pratiques cumulées, que l’on peut justifier.

A partir de là, avec une feuille de route bien définie, incluant des objectifs et résultats quantifiables, on est sûr du compte final.

Laisser jouer les mécanismes de contrôle institutionnels :

Pour cet ancien ministre togolais depuis à la retraite, le contrôle, c’est ce qui manque le plus à l’action politique et publique aujourd’hui. « Sous l’ancien régime, vous êtes toujours sur le qui-vive et sur le terrain. Le pouvoir disposant de ses propres canaux, pour remonter l’information. Et quand vient l’heure de rendre compte, ce n’est généralement pas une partie de plaisir ».

Et pour cet activiste de la société civile, « beaucoup de responsables du régime hélas sont devenus des « apparatchiks », des intouchables, au dessus de tout et tous, et qui se croient tout permis. De là, un certain nombre de laisser-aller, laissant penser à une absence d’autorité au sommet de l’Etat ».

Une vision partagée par plusieurs, dont des journalistes de la presse nationale, promptes à dénoncer chaque semaine, pêle-mêle, des abus et actes de corruption supposés, mais malheureusement  jamais objet d’enquêtes officielles  ou de sanctions.

Une porte ouverte donc à toutes sortes d’abus ? Pour le Président rwandais, les bons comptes font les bons amis. Pour Paul Kagamé en effet, « comment gagner la bataille de la santé et de l’éducation, si une partie de l’argent qui y est consacré disparait en toute impunité ? C’est une exigence que je m’applique à moi-même,  chacun peut me demander des comptes ».

Et apparemment, des comptes, l’on en demande très peu au Togo où régulièrement, la presse nationale signale des scandales éclaboussant  des responsables de haut niveau, même avec des débuts de preuve, sans que pour autant, ces derniers soient inquiétés.

Pour les responsables locaux d’associations de lutte pour la bonne gouvernance, qui depuis crient à l’impunité érigée en système au Togo, « comment pouvait-il en être autrement, si les mécanismes institutionnels de contrôle des comptes publics, sont quasiment inopérants, et depuis des années dans le pays » ? Et de pointer du doigt, l’absence de volonté politique, rendant inapplicable les textes réglementaires et législatifs, avec pour conséquence, la non opérationnalité des institutions de contrôle déjà en place.

Une lecture que nuance ce cadre du régime, pour qui « les choses changent, sans que pour autant, les gens s’en rendent compte. Le pouvoir fait un travail de fond, à son rythme, bien sûr, sans tambours, ni trompète. A la fin, c’est les résultats qui comptent».

Chose peut-être vraie, et qui tiendrait dit-on, du tempérament d’un Faure Gnassingbé, qui généralement semble prendre son temps, oubliant parfois que le temps presse, et que les occasions ratées, sont généralement des occasions perdues, à jamais.

Cogetra
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