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Togo, biens mal acquis : Ces milliards qui dorment sous d’autres cieux

Depuis trois ans au moins, le Togo assiste impuissant, au recul de l’aide publique au développement, en même temps que celui des investissements directs étrangers.

Et pendant que le pays se débat, pour maintenir à niveau, les investissements publics et privés, de manière à conserver une dynamique de croissance, la saignée des finances publiques elle continue, pour aller alimenter les économies d’ailleurs.

A croire que l’esprit patriotique, nationaliste, a déserté le pays, au moment où il en a grand besoin.

Des milliards illégalement appropriés :

Il n’existe quasiment pas au Togo, de grandes entreprises nationales, publiques ou privées, à capitaux nationaux, de grands capitaines d’industries, de grandes familles bourgeoises, qui génération après génération, se transmettraient des fortunes, de riches patrimoines, et pourtant, d’après plusieurs observateurs, le pays compterait aujourd’hui, pas moins d’une bonne centaine de milliardaires (en Francs CFA).

Des togolais de souche, qui en une, deux décennies, se sont enrichis illégalement, en pillant les régies financières de l’Etat, ou tout  simplement, en détournant les investissements publics, nationaux ou étrangers.

Des milliards de Francs CFA donc détournés tous les ans, en toute illégalité, en toute impunité, et dont la grande partie, 60 à 80% selon les sources, par des chemins détournés, quittent le pays, pour aller alimenter d’autres économies.

Des saignées  confirmées années après années, par les rapports de plusieurs organismes internationaux, tirant la sonnette d’alarme.

Ainsi en 2015, OSIWA (Open Society Initiative for West Africa), une fondation américaine, dans son rapport sur les flux financiers  illégaux et illicites, de l’Afrique subsaharienne vers d’autres horizons, souvent des paradis fiscaux, estimait pour Togo, la saignée annuelle à environ 10.000 milliards de Francs CFA, entre 2002 et 2011.

Des chiffres qui donnent le vertige, et dont la grande partie de ces flux, est alimentée par les multinationales.

Mais, une partie de ces flux, non moins négligeable, qui est le fait de nationaux, des responsables politiques et administratifs, provient de l’argent public détourné.

De l’argent alimentant les économies d’autres pays :

Cet argent public, une fois détourné, est sorti du pays, par des canaux aujourd’hui bien huilés, blanchis moyennant paiement de commissions, et réinjecté dans l’économie légale des pays d’accueil.

Des circuits bien connus des grandes économies mondiales, mais qui ne  s’émeuvent guère, dès lors que ces flux viennent alimenter leurs économies, plutôt que l’inverse.

Des fortunes, enregistrées sous des prête-noms, et parfois au nom de sociétés offshore, et qui servent à acheter des biens immobiliers, des actions de sociétés cotées en bourse, le reste étant laissé bien au chaud, dans des coffres forts.

Une façon pour eux, d’assurer leurs arrières, et l’avenir de leurs nombreuses progénitures, femmes et maîtresse.

Ainsi, inlassablement, année après année, ce circuit se renouvelle et s’alimente, sans qu’aucune réflexion de fond ne soit menée, sur la finalité et le sens réels de telles accumulations.

La tendance aujourd’hui dans d’autres pays :

Dans nombre de pays africains aujourd’hui cités en exemple, comme le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Kenya, le Ghana, la Côte d’Ivoire, ou le Sénégal, l’argent détourné, expatrié et recyclé, depuis a pris le chemin du retour.

Une décennie déjà, à la faveur de l’ordre républicain, de l’instauration de la démocratie, des efforts en matière de bonne gouvernance, d’amélioration du climat des affaires, et de la protection des investissements, l’argent public détourné, blanchi, revient au pays.

Ainsi, depuis quelques années, se construisent de nombreuses économies nationales, de nombreux tissus économiques, et l’émergence de grands groupes régionaux, et de fonds d’investissement.

A travers les grands ensembles régionaux, comme l’UEMOA, la CEDEAO et autres, beaucoup de ces «  fonds gris », ont vu toute l’opportunité qu’ils pouvaient en tirer, toutes les garanties qu’ils pouvaient  s’offrir, en investissant dans différentes activités, dans différents secteurs porteurs.

Pour toutes ces nouvelles fortunes donc, il s’agit plus aujourd’hui, non plus de continuer à se complaire dans une certaine jouissance de morne de bien accumulés, mais bien de produire, de créer des richesses, de participer à l’économie de leur pays, mais aussi à son émergence.

Un devoir envers l’histoire

Conquérir de nouveaux champ, de nouveaux espaces, se réapproprier l’économie nationale, et pourquoi pas l’économie régionale, telles sont les ambitions nouvelles de la nouvelle bourgeoisie africaine.

Des nouvelles fortunes qui se veulent conquérantes, patriotes et nationalistes, voire panafricanistes,  et qui par devoir et conscience, veulent redonner à leur pays, à leur continent, ce qu’ils lui ont pris, en décidant de participer à sa reconstruction.

Une prise de conscience, doublée d’une nouvelle vision, qui malgré tout, sont à saluer, par ce que participant au développement des pays.

Le Togo et ses milliardaires :

Pour  la plupart de ces «  nouveaux riches » togolais, à une exception près et taille, investir au pays, n’est pas la priorité.

Pour l’heure, il s’agit d’accumuler, accumuler autant que possible, pendant qu’on est encore au poste, parce que demain n’est inscrit nulle part

Une absence totale de vision, les ramenant au stade de jouissance primaire, limitant leurs ambitions à la simple accumulation des richesses

Si à l’international, tout se limite à garnir les comptes bancaires, à s’acheter des appartements cossus, et des actions en bourses, au plan national, c’est l’immobilier qui prime

Il s’agit de s’acheter des dizaines, des centaines d’hectares de terrains, dans les différentes régions du pays, dans l’espoir de les revendre un jour, avec un plus value

Toujours dans l’immobilier, il s’agit de se construire des villas, toujours aussi luxueuses, dispendieuses, les unes que les autres, souvent pour ses jouissances personnelles, ses maitresses et sa famille

Des villas dont très peu sont mises en location, ou auront un jour la chance d’être louées, parce que surdimensionnées par rapport au marché local.

Autres investissements et pas des moindres, l’accumulation des femmes, maitresses, devenues des trophées, des véhicules de luxes, et des biens mobiliers d’intérieur.

Et lorsque le logement d’une maitresse peut coûter au bas mot, la centaine de millions, son entretien, presque autant annuellement, et ses véhicules personnels, 30 à 75 millions pièces, on a une idée de la vacuité de ces investissements, souvent improductifs les uns que les autres.

Un vrai gâchis, par rapport aux grands enjeux de l’heure, et que le pays se doit de corriger, au risque de se retrouver à la remorque d’autres un jour.

Cogetra
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