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Sécurité sanitaire : Médicaments de pharmacie, vigilance de mise

L’industrie pharmaceutique et sa chaîne de distribution à travers le monde, et plus encore dans les pays sous-développés, sont aujourd’hui devenues, de vraies « business », des plus protégés, et des plus lucratifs. Au point parfois de reléguer au second plan, l’éthique et la protection des consommateurs. De quoi interpeler les Etats, sur le contrôle et le suivi des tonnes de médicaments, anciens et nouveaux, chaque année, déversés sur les marchés en Afrique, souvent avec une certaine légèreté.

 Au-dessus de tout soupçon, bien protégés par les lois, et sous l’étiquette de la science moderne, les produits pharmaceutiques, à bien d’égards, et pour nombre d’entre eux, posent aujourd’hui de véritables problèmes de sécurité sanitaire.

Constat général

En Afrique en général, plus de 98% des produits pharmaceutiques disponibles dans les officines agréées, sont importés. Au Togo et pendant longtemps, nombre de ces produits provenaient d’Europe, et essentiellement de la France. Mais, depuis une dizaine d’années, de nouveaux acteurs-fournisseurs sont apparus ; entre autres, l’Inde et la Chine. Ces derniers, représentant aujourd’hui, plus du tiers des produits sur le marché.

Et avec la mondialisation et le boom des produits génériques, la tendance ne risque pas sitôt de s’inverser ; bien au contraire.

Si pendant des années, la médecine traditionnelle appelé tradi-thérapie, et son cortège d’abus ont été indexés, parce que n’obéissant pas aux règles de la médecine moderne, et donc potentiellement dangereux pour les patiens, on a vite fait de dérouler le tapis rouge aux produits pharmaceutiques, parce que provenant de laboratoires qui ont pignon sur la rue.

La menace aujourd’hui

Tout produit pharmaceutique, potentiellement reste « dangereux ». Les pays avancés, surtout occidentaux, qui l’ont compris assez tôt, de mettre en place, des dispositifs, des organismes de contrôle, pour étudier et tester ces produits dits de « laboratoire », avant leur mise en vente sur le marché. Mieux, pendant des années, ils sont suivis, et en cas d’incidents, retirés du marché.

A côté de ses organismes d’Etat ou communautaires, d’autres organisations, celles-ci privées, représentant les intérêts des consommateurs existent, pour alerter l’autorité publique le cas échéant.

Et pourtant, toutes ces mesures restent insuffisantes. Il ne se passe pas aujourd’hui en Europe et plus globalement dans les pays dits développés, une seule année, sans qu’un scandale lié aux produits pharmaceutiques, ne vienne tenir l’image des laboratoires pharmaceutiques, aux pratiques souvent peu orthodoxes, à cause de leur recherche effrénée de profits faramineux, pour leurs investissements.

La pratique actuelle

Ce que le commun des mortels ignore, c’est qu’il existe, et qu’il a toujours existé, un médicament pour les riches et un médicament pour les pauvres. Non pas une opposition entre un « médicament d’appelation » et un «  médicament générique », mais bien de produit pharmaceutiques, de même nom, de même label, de même laboratoire, mais dont les dosages et contrôles ne sont pas les mêmes.

Ainsi, il existe des médicaments dont certains lots de fabrication, sont destinés aux marchés européens, et d’autres, aux marchés africains, moins contrôlés et moins restrictifs.

Et pour cause, les dispositions « communautaires » européennes, restent assez contraignantes pour ces laboratoires, par rapport à certaines de leurs pratiques douteuses, surtout touchant « aux principes actifs », aux méthodes de fabrication et aux dosages.

D’où cette distinction claire entre les lots de fabrication destinés aux marchés occidentaux, et ceux déversés sur les marchés des pays sous-développés.

Autre réalité et pas des moindres, près de 80% des « principes actifs », servant à la fabrication des médicaments aujourd’hui, viennent de la Chine et de l’Inde. Les laboratoires européens préférant se fournir dans ces deux pays, produisant à bas prix, sans vraiment se soucier des conditions de leur fabrication. Et pourtant, tous savent que nombre de ces laboratoires chinois et indiens, ne sont pas aux normes, et que 20% au moins ne respectent pas les normes de sécurité. Pas très rassurant, lorsque 80% de « ces molécules », c’est-à-dire les principes actifs des médicaments vendus chez nous, proviennent de ces deux pays.

Selon un contrôleur de l’Agence Française de Sécurité du Médicament (AFSM), il n’est pas rare, lors de contrôle sur les sites de production dans ces deux pays, de tomber sur « des documents falsifiés, des équipements mal entretenus, du personnel mal formé, des sites où les risques de contaminations croisées ne pouvaient être exclus ».

De vrais risques donc, au point de faire dire à certains, que de plus en plus, que ce soit en Europe ou ailleurs, plus encore dans nos pays, la sécurité des médicaments n’est plus garantie.

L’on se rappelle encore, du scandale des « Héparines » importées de Chine en 2008, et qui a amené l’UE à durcir depuis, le contrôle sur les importations de « molécules », en provenance de pays asiatiques.

A l’époque, un fournisseur chinois d’un laboratoire européen, avait remplacé cette molécule (un anticoagulant), par un composant similaire, moins couteux mais toxique. Bilan, une centaine de morts aux Etats-Unis et en Allemagne.

Les médicaments asiatiques en officine

Selon un praticien de la médecine, plus du tiers des médicaments dans les officines officielles au Togo, sont aujourd’hui importés de Chine ou de l’Inde.  Et la tendance est loin de s’inverser.

Souvent abordables par ces temps de crise, ces médicaments, importés massivement, sont en train de supplanter les importations européennes. A cela, s’ajoute la quasi absence de véritable contrôle de ces produits, faute de ressources techniques et humaines.

Absence d’équipements de laboratoire et de personnel qualifié.

Le Comité d’étude et de validation national, institution en charge des autorisations de mise sur le marché, se contentant souvent, des résultats d’analyses fournis par les laboratoires producteurs eux-mêmes, pour ses validations. Le lobbying des importateurs officiels et officines de pharmacies, étant plus persuasif et plus rémunérant que les questions d’éthique et de sécurité médicale.

Le problème de contrôle

Pour de nombreux spécialistes, le risque sanitaire est réel ; aujourd’hui plus que jamais. Et il appartient donc aux décideurs politiques, de prendre conscience de la menace et de la nécessité de protéger les populations. Si l’Europe ne semble épargnée, à plus forte raison nos pays, où les contrôles sont quasi inexistants.

D’où la nécessité de mener des réflexions à l’échelle régionale (Uemoa, Cedeao, UA), pour mettre en place une réglementation « communautaire », avec des dispositifs de contrôle élargi, de manière à réduire un tant soit peu, le risque sanitaire que fait peser l’arrivée massive de produits pharmaceutiques, difficilement traçables sur nos marchés. Et il s’agit là, d’un problème aussi grave, que celui des médicaments « contrefaits », vendus dans les rues, et à qui la guerre est depuis déclarée.

Cogetra
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