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Secteur minier: que deviennent les phosphates togolais ?

Véritable poumon de l’économie nationale jusqu’ au début des années 90, le secteur phosphatier togolais n’est depuis, plus que l’ombre de lui-même.

Quid des plans de relance ou de restructuration, et des gros investissements engagés ces dernières années par l’Etat togolais. Aujourd’hui, difficile de dire, quand les phosphates togolais, vont de nouveau renouer avec le profit, et renflouer les caisses du pays, pour son développement.

 

Le poids des phosphates dans l’économie togolaise :

1974, avec les cours de phosphates en hausse sur le marché international, et la nationalisation de la CTMB (Compagnie Togolaise des Mines du Bénin), les ressources minières du pays explosent. L’argent tiré des mines de Hahotoé et de Kpémé (principales mines des phosphates en exploitation dans les années 60-80) fait gonfler les ressources budgétaires. On parlait alors de « budget titan », de « budget révolutionnaire ». Et le régime d’alors, pouvait se plaire à rêver d’industrialisation, de développement, et d’un grand destin pour le pays.

Avec donc de nouveaux investissements, et un marché porteur, la production nationale qui plafonnait à 600.000 tonnes, va grimper pour atteindre en 1989, le pic de 3,39 millions de tonnes. Un record historique, aujourd’hui bien lointain. Avec des productions en hausse, l’argent également afflue, avec des exportations de phosphates, dont les recettes représentaient 40% du total des exportations.

Un boom phosphatier, qui permettra au Togo, de réaliser plusieurs infrastructures, au nombre desquels, l’Aéroport international de Niamtougou, l’Hôtel Sarakawa, l’Hôtel du 2 Février, la Raffinerie de pétrole, l’Aciérie de Lomé, des routes bitumées, des écoles et lycées, des hôpitaux, etc.

Une manne bénie qui donnera lieu également à des dépenses dispendieuses, à des détournements, à la corruption, et pour finir, à une mauvaise gouvernance, finalement érigée en système.

L’argent des phosphates est passé par là, avec tous les abus, tous les errements, et tous les crimes économiques, qui resteront à jamais impunis. Et pour cause. Un ancien ministre togolais des mines, à l’occasion d’une question interpelative au parlement en 2008, révélera que depuis dix années au moins, l’OTP (Office Togolais des Phosphates), dissout en 2008, au profit de la SNPT, ne tenait plus de comptabilité. De quoi tomber à la renverse. Pour maquiller des crimes économiques, on ne pouvait mieux faire.

 

Les efforts de relance d’un secteur des phosphates sinistré :

2010, le Président Faure Gnassingbé, qui a succédé à son père, le Général Eyadéma Gnassingbé, décédé en février 2005, après trente six années de pouvoir, veut relancer le secteur des phosphates, stratégique pour le pays, par son poids économique.

 

L’idée serait d’y injecter de l’argent frais, pour éponger les dettes intérieures et extérieures accumulées, de réparer ou de renouveler le matériel d’exploitation en état de délabrement avancé, de restructurer la société et d’asseoir une nouvelle gestion, capable de redresser la production pour atteindre de nouveau, des sommets.

 

Trois axes prioritaires seront ainsi dégagés : « D’abord, l’amélioration des outils de production comme la remise à niveau de l’appareil productif. Ensuite, le renouvellement des équipements et, enfin, l’expansion et le développement de la filière à travers une industrialisation effective ».

Pour cela, l’Etat va s’employer à mobiliser quelques 200 milliards FCFA, entre 2011 et 2015, pour exécuter le nouveau Plan de redressement. De l’argent public, dont partie sur fonds propres, et partie à remboursée par le contribuable, mis ainsi à la disposition de la SNPT, pour sa relance.

De quoi en principe, booster l’entreprise et la production, pour faire de nouveau du secteur des phosphates, le « poumon » d’une économie togolaise, qui désespérément, a besoin de ressources additionnelles pour financer son développement.

. Et selon  les responsables, « les activités prévues ont été mises en œuvre à 90%, pour la première phase, 70% pour la deuxième phase et plus de 50% pour la troisième phase. Cette réforme a déjà coûté la bagatelle de 55 milliards de francs Cfa que la Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT) a investis sur ses fonds propres ».

Malheureusement, les belles projections du nouveau plan, auront du mal à se dessiner ; du moins dans les délais prévus.

 

Les objectifs du nouveau Plan de relance :

Si le plan de sauvetage de la SNPT (ex-OTP), prévoyait l’injection de quelques 200 milliards FCFA, il projetait également, atteindre 2,5 à 3 millions de tonnes de production en 2011.

 

Malheureusement, cinq années plus tard, c’est-à-dire fin 2015, au terme du Plan, l’on en était toujours à 1,5 million de tonnes, pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 58 milliards FCFA.

Or au lancement du plan stratégique, l’idée était de « redonner à l’exploitation des phosphates, son importance contributive dans le processus de création de richesses au Togo ».

 

Un nouveau départ poussif donc, qui transparaissait déjà dans le Rapport 2013 de l’ITIE (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives). En effet, et selon ce rapport, les phosphates ont généré en 2013, quelques 24,3 milliards FCFA, soit 27% du total des exportations togolaises, derrière le clinker (ciments ), représentant quant à lui, 49% des exportations.

 

On notera qu’en 1989, au moment où la production nationale des phosphates atteignait les 3,39 millions de tonnes, la contribution de l’Office Togolais des Phosphates (OTP), représentait 20% du PIB (Produit Intérieur Brut), et 40% du budget national.  Quatorze ans plus tard, en 2013, avec une production à 1,1 million de tonnes, cette contribution est tombée à 4,18% du PIB, et 12,94% du budget. Un vrai recul qui emmène à se poser des questions.

 

Le pari des phosphates carbonatés

Un méga projet industriel sur lequel le gouvernement semble aujourd’hui tout miser. Une façon d’avouer l’impossible redressement de la SNPT (?). Alors comment expliquer toute la bataille qu’il y a eu, durant quatre ans, entre australiens, indiens, israéliens et chinois, avec des rebondissements dignes d’un feuilleton, autour de l’attribution de l’exploitation des phosphates carbonatés du Togo ?

Une bataille finalement remportée en septembre 2016, par le consortium formé par l’israélienne Elenilto et son partenaire stratégique, la chinoise Wengfu. Le projet porte sur un investissement de 1,4 milliard de dollars (environ 1,3 milliard d’euros), financé à 60 % par Elenilto et à 40 % par Wengfu, pour la construction d’usine de production d’acide phosphorique et d’engrais. De quoi apporter une véritable valeur ajoutée et un grand coup d’accélérateur au redéploiement de la filière.

Sauf que depuis, plus rien. Les années se suivent et se ressemblent, les investissements  annoncés, se font toujours attendre, et pendant ce temps, le pays attend désespérément un nouveau souffle, pour se relancer. Ne pouvant guère compter aujourd’hui, sur ce secteur, si pourtant stratégique.

Cogetra
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