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Togo : Faire du tourisme, un secteur de développement

Avec 303.000 touristes accueillis en 2015, pour 119 milliards de FCFA générés, le Togo est loin d’être la destination touristique première dans la sous-région ouest-africaine. Mais, ce secteur national a pourtant bien des atouts, pour contribuer davantage au développement du pays, pour peu que l’industrie nationale du tourisme soit repensée, avec un accompagnement à la hauteur.

Parachuté au ministère du Tourisme et de l’Industrie par décret pris le vendredi 31 mars 2017, Gabriel Attigbé Ihou, ex-directeur général de l’Union togolaise de banque (UTB), et de Togo Télécom, a aujourd’hui la lourde charge de positionner, du moins dans un bref délai, le tourisme au rang des secteurs porteurs de croissance. En effet, quoiqu’indiqué dans la Stratégie de croissance accélérée et de promotion de l’emploi (SCAPE, sur la période 2013-2017), comme tel, le secteur peine encore à décoller, malgré la multitude d’atouts dont dispose le pays. Selon les chiffres recueillis auprès du ministère de tutelle, le Togo a enregistré 303.000 touristes pour 26 milliards de FCFA de recettes hôtelières en 2015. Une légère baisse d’environ 5%, par rapport à l’année précédente, quand le pays a vu fouler son sol, 320.000 touristes. «Ces chiffres, au demeurant modestes, traduisent toutefois une évolution progressive amorcée depuis le début des années 2000», commente Mme Bernadette Legzim-Balouki, l’ex-ministre en charge du secteur, lors du forum international sur les investissements hôteliers en Afrique, tenu en juin 2016 à Lomé. Et d’annoncer que l’activité ambitionne franchir la barre des 500.000 touristes avant 2020, avec des recettes touristiques à la hauteur de cette progression ! Pour sa part, le rapport 2016 du «Conseil mondial de voyage et de tourisme» indique que le secteur a généré 119 milliards de FCFA en 2015, avec une hausse de 3,8% prévue pour 2016. Il aurait créé 78.500 emplois la même année, avec une contribution du secteur au PIB national, qui devrait se situer autour de  2,2% par an jusqu’en 2025, selon la même source.

Des infrastructures insuffisantes malgré les potentialités

Le Togo, pays côtier, dispose de nombreuses potentialités qui devraient, en principe, faire de son tourisme, un secteur à forte connectivité avec d’autres secteurs, tels que l’hôtellerie, les télécommunications, l’aéroportuaire et les transports en général. On note en exemple, une variété de paysages, notamment la plage, les lacs, les fleuves, les forêts classées, les cascades, et les savanes dont certains sont érigés en parcs nationaux. Par ailleurs, le Togo peut également se prévaloir de sa diversité culturelle, notamment les traditions, l’art et l’artisanat, le patrimoine historique et ses habitats typiques – dont le Koutammakou, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO- pour promouvoir un secteur resté en berne depuis 1990.  Autant de facteurs pouvant développer et promouvoir le tourisme balnéaire, le tourisme culturel, et l’écotourisme. A cela, s’ajoute la série de mesures prises ces dernières années par Lomé, et qui peinent pour l’heure à produire les résultats escomptés. On cite la modernisation du Port autonome de Lomé, de l’Aéroport international Gnassingbé Eyadèma, et celui de Niamtougou (dans le nord du pays), dont les travaux de rénovation ont démarré en avril 2016. La rénovation de l’ex «Hôtel 2 février» et son exploitation sous la marque Radisson Blu, est sans doute le symbole de ce «renouveau», et surtout le fleuron de l’hôtellerie togolaise. Cet immeuble d’une trentaine d’étages – qui a été dans les années 80, le principal centre d’intérêt du tourisme d’affaires du pays- attire de nouveau les regards de plusieurs étrangers, touristes ou non. Toutefois, selon un rapport publié en 2016 par «Colliers International» (multinationale canadienne spécialisée dans l’industrie hôtelière) sur l’industrie du tourisme au Togo, le pays manque encore d’infrastructures de qualité. Même si la capitale Lomé est stable et plutôt sûre, précise-t-il. D’ailleurs, le Togo dispose d’un parc hôtelier limité, et l’absence d’une classification claire des hôtels existants, reste un frein à l’activité. Et leur forte concentration à Lomé, n’est que de nature à limiter le tourisme d’intérieur et de loisirs. Un manque à gagner.

Quid d’une volonté politique…

Bien qu’inscrit parmi les secteurs porteurs de croissance dans la SCAPE, le secteur du tourisme peine à retrouver ses lettres de noblesse, dans une sous-région dont l’activité, en général, est en baisse pour raison de terrorisme. Mais si la Côte d’ivoire, après le repli dû à la crise politique de 2011, et l’épisode terroriste de Grand-Bassam, a su redresser une activité qui pèse aujourd’hui 7,5% dans son PIB national, contre 0,6% cinq années plus tôt, c’est dire que Lomé n’a pas de raisons pour ne pas faire mieux. En effet, le développement du tourisme est une opportunité de création de richesses, pour des économies fragiles comme le Togo. «La dotation géographique et culturelle du Togo, devrait permettre au pays, d’engranger des devises et réduire le chômage», explique Dr Kwami Ossadjifo Wonyra, Président de «l’Association Rethinking Development», soulignant «qu’il faut d’abord des préalables. «Il s’agit des services de télécommunications à obédience de services universels, la sécurité, des services touristiques performants, et une hôtellerie de qualité», cite Wonyra. Un dernier point d’ailleurs sur lequel le nouveau ministre, Ihou compte travailler. «(…) le tourisme est par excellence un secteur de services, et par voie de conséquence, exige à tous les niveaux, des prestations de grande qualité», a-t-il fait remarquer, au détour d’une réunion de prise de contact, de sensibilisation, d’informations et d’échanges avec des professionnels togolais du tourisme. Et de poursuivre: «La qualité est une mesure indispensable pour faire de notre tourisme, un facteur de développement dans un monde de plus en plus globalisé et ouvert à une rude concurrence». Mais, cette prestation de qualité devra passer par le dynamisme du personnel, dont le faible niveau de formation influe négativement sur la qualité des services offerts. Par ailleurs, l’activité touristique souffre encore de l’insuffisance d’un réseau routier adéquat, devant désenclaver les zones touristiques de l’intérieur, et faciliter leur accès pour le développement du tourisme domestique. L’insuffisance et surtout la cherté des dessertes aériennes, sont quant à elles, des facteurs qui limitent le tourisme étranger. Aussi, le pays devra-t-il instaurer un mécanisme de financement du secteur, quitte à mettre à en place un fonds d’investissements touristiques, destiné à accorder des crédits à long terme aux acteurs. Les multiples difficultés que connaît ce domaine d’activités, constituent un facteur limitatif majeur de sa contribution, attendue au PIB national, justifie le nouveau ministre.

Cogetra
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