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Relations Germano-Togolaises : un engagement toujours mesuré

L’Allemagne, cette ancienne puissance coloniale européenne, qui a créé et façonné le Togo, jusqu’en 1914, avant de céder le terrain à la France et à l’Angleterre, après sa à la première guerre mondiale. Mais cent ans après, la nouvelle Allemagne est en train de renouer avec l’Afrique, et ses anciens prolongements. La première puissance économique européenne, et la troisième à l’échelle mondiale, veut bien revenir aujourd’hui au Togo, pour participer à sa reconstruction, mais avec quelques réserves.

Des relations d’histoire et d’amitié :

Entre l’Allemagne coloniale et le Togo d’avant l’indépendance, c’était plus qu’une histoire de colonisateur et de colonisé, de maître et de l’esclave, mais bien de relations d’attachement, empreintes de sentiment, d’estime, et d’amitié.

Des sentiments qui ont survécu à l’administration intérimaire française, et qui feront que même en 1960, à l’indépendance du Togo, c’est tout naturellement que les nouvelles autorités du pays, dont Sylvanus Olympio, un anglophile pourtant, vont se tourner vers l’Allemagne, pour demander son aide, sa coopération, son retour, pour construire et développer le Togo.

Cet attachement, cet « amour » pour l’ancien colonisateur, qui avait fait du Togo, sa « colonie-modele » en ces années 1900, marquera l’histoire du pays et plusieurs générations de Togolais.

Ainsi, en 1960, il fallait voir avec  quelle émotion, quelle joie, la génération de l’indépendance, va accueillir, dérouler le tapis rouge, à la délégation officielle allemande, conduite par le dernier gouverneur  allemand (en poste au Togo, avant la défaite allemande à la première guerre mondiale), pour célébrer avec l’ex-colonie, son indépendance, acquise le 27 avril 1960.

De Lomé à Dapaong , en passant par Kpalimé, Aného, Atakpamé, Sokodé, Kara et Mango, même accueil, mêmes effusions.

Des retrouvailles qui en disaient long, sur ces relations entre l’Allemagne et le Togo, surtout du côté togolais, malgré la dureté et la discipline implacables, qui caractérisaient l’administration coloniale allemande.

Comme le raconte ce chercheur togolais, « c’était comme si, on avait hâte de reprendre, là où on les avait interrompues, des relations qui jamais, n’auraient dû s’interrompre ». Des relations donc d’histoire et d’amitié.

1960 : Reprise des relations avec l’ancienne mère-patrie : 

En ces débuts 1960, le retour de l’Allemagne au Togo, va se traduire par deux engagements forts : le financement de la construction du Port autonome de Lomé, et la garantie apportée par la Banque centrale allemande, pour assurer la convertibilité de la future monnaie togolaise, décidées par les nouvelles autorités du pays.

Des engagements au sommet, accompagnés par les entreprises privées allemandes, désireuses d’investir au Togo, pour faire valoir le modèle allemand.

Mais, cet élan n’ira pas plus loin, à par les premiers investissements, consentis avant le 13 janvier 1963, date de l’assassinat du Président Sylvanus Olympio, et de l’irruption l’armée sur la scène politique.

Et l’Allemagne, nouvelle démocratie modèle en Europe, ne pouvait s’accommoder d’une telle remise en cause. Elle dont la Buntestag, le parlement est tout puissante.

Une fois encore, l’histoire va de nouveau freiner les relations germano-togolaises, depuis, devenues attentistes et  mesurées. Aussi bien dans les domaines de la coopération, que des investissements, publics comme privés.

L’appui allemand au travers de l’UE :

Moteur de l’Europe depuis déjà plusieurs années, les togolais ne se rendront compte de l’Allemagne, qu’en ces années 90, avec les tentatives de démocratisation du pays.

Il faut dire que depuis 1983, avec la chute des cours des matières premières, et les premières difficultés économiques des pays africains, surtout francophones, l’aide de la France est devenue plus que comptée.

Une relation franco-togolaise, plus stratégique, et plus importante que toute dans la diplomatie togolaise, et surtout pour la stabilité du pouvoir Gnassingbé Eyadema.

En effet, en ces années 80, la France de Giscard et de Mitterrand, avait elle aussi ses problèmes, et sa participation à l’Europe communautaire, réduisait de plus en plus, ses marges de manœuvre, surtout économique et politique, par rapport à ses ex-colonies, ce pré-carré stratégique.

C’est ainsi qu’à partir des années 90, les positions allemandes, vont de plus en plus compter et peser, aussi bien dans les décisions de l’Union Européenne, que des institutions de Bretton Woods.

Et de cela, les autorités togolaises ne vont s’en rendre compte, que bien tardivement, elles  qui jusque là, étaient habituées à tout régler à partir de Paris. Désormais, faudra aussi aller à Bruxelles et à Berlin, pour trouver des solutions. Qu’elles soient politiques ou économiques.

Ainsi, en prenant le pouvoir en 2005, suite au décès de son père, Faure Gnassingbé va s’employer à redéployer sa diplomatie, en la rééquilibrant, au profit de Bruxelles et de Berlin.

Même s’il existe toujours, des velléités d’autonomie par rapport à l’Europe, en introduisant dans le jeu, d’autres acteurs majeurs comme les Etats Unies et la Chine.

Les limites aux relations germano-togolaises :

La première limite à un engagement total et continu de l’Allemagne au Togo, tient plus à la nature du régime togolais, qu’à un rigorisme allemand.

Selon un diplomate européen, précédemment en poste à Lomé, «Sous ses apparences de démocratie africaine, le Togo reste un régime où l’armée continue de jouer un rôle essentiel, dans la stabilité des institutions ». Des éléments qui continuent de freiner l’engagement allemand, aujourd’hui encore mesuré.

Fait révélateur, la décentralisation administrative, qui depuis des années, marque le pas. L’Allemagne qui depuis des années, s’est engagée à accompagner le Togo dans ce processus, lancé en 2002, du vivant de Gnassingbé Eyadema, est toujours bloqué.

Le régime craignant à travers ce processus, perdre la main et le contrôle, en se retrouvant avec plus de la moitié du pays, aux mains de l’opposition.

Une position pas du tout rassurante, pour la conduite et la maitrise des processus électoraux. Or, l’essentiel des financements allemands mis en place, est directement destiné aux communes, légalement constituées et bénéficiant d’une autonomie de gestion. Ce qui aujourd’hui, n’est toujours pas le cas.

L’autre limite, c’est certains intérêts économiques, proches de la France, qui jusque là, ont évolué en situation de quasi monopole, que le pouvoir de Lomé, continue de protéger, et  qui constituent un frein sérieux, à la libre entreprise, à la libre concurrence, aux yeux de Berlin.

Et selon certaines confidences, elles sont depuis deux années, presque une vingtaine d’entreprises allemandes, de différents secteurs, avec des projets d’investissement sur le Togo, mais qui doivent attendre, que Lomé donne son feu vert.

La dernière limite, étant l’environnement économique, surtout juridique, pas suffisamment encore assaini au Togo. Mais de cela, Lomé semble aujourd’hui donner des gages pour décider les Allemands, à s’investir davantage.

Cogetra
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