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Relations Chine-Togo : le piège chinois

En une décennie à peine, la Chine à réussi à reléguer au second, voire troisième rangs, les relations de coopération jusque là existantes, entre l’Afrique subsaharienne et ses anciennes puissances coloniales. Le Togo n’échappant pas à l’offensive chinoise.

Mais, cette forme de coopération chinoise, à première vue intéressante pour nombre de pays, en manque d’infrastructures, pourrait bien se révéler désastreuse pour le développement projeté, si l’on n’y prend garde, et très tôt.

 Si les relations sino-togolaises ne sont pas nouvelles, parce que remontant aux années soixante dix, le poids économique et stratégique de la chine dans l’économie togolaise, n’est devenu réel et imposant, qu’avec les années 2000.

L’offensive chinoise au Togo

Sous l’effet conjugué de la dévaluation du Franc CFA, et de l’ouverture d’une zone franche industrielle au Togo, la Chine a pris de la dimension, et s’est rapidement imposée comme un partenaire au développement, incontournable.

Jusque là, le régime chinois s’étant borné à doter le pays, de quelques infrastructures sanitaires, culturelles et sportives.

Mais, à partir de 1998, la stratégie chinoise va changer pour investir le champ économique, surtout dans des domaines comme le commerce, l’industrie et les infrastructures de développement.

Dans le domaine commercial, le pays va très rapidement s’imposer comme premier partenaire commercial du Togo, surtout au niveau des importations de produits et biens d’équipement, évaluées en 2012 à 17 milliards F CFA.

Des chiffres que certains analystes estiment bien en deçà de la réalité. Surtout dans le domaine des exportations de matières premières togolaises, comme les minerais.

Dans le domaine industriel, et surtout de la Zone Franche, les investisseurs chinois vont dans un premier temps, se signaler par l’installation de petites unités de production, pour exporter vers les pays de la sous-région.

Mais, avec les fortes demandes du marché intérieur chinois, en matières premières minières, les entreprises chinoises vont réorienter leurs investissements, vers le secteur extractif.

Ainsi, fin décembre 2014, elles étaient quatre entreprises chinoises, a avoir obtenu leurs permis miniers, pour l’exploitation de minerais au Togo.

La première a avoir démarré étant, MM. Mining SA, qui en 2008, a signé avec les autorités togolaises, une convention d’exploitation, de transformation, et de commercialisation de différents minerais, notamment le manganèse, le fer et le chromite. Un permis à grande échelle, qui couvre les massifs de l’Atakora, une chaîne de montagne, qui va du Ghana au Bénin, en traversant le Togo. Et depuis 2008, elle est à l’œuvre sur le gisement de fer de Bandjéli.

Difficile aussi de passer sous silence, le joli coup de maître, réalisé par le géant chinois, Wengfu Group, aux côtés de l’israélien Elenito, sur les phosphates carbonatés togolais.

Mais l’offensive chinoise ne se limite pas qu’aux secteurs du commerce, de l’industrie et des mines, elle touche aussi le secteur des infrastructures.

Dans ce domaine très lucratif et très stratégique, la présence chinoise est plus marquante. Ces dix dernières années, la Chine s’étant beaucoup signalée, sur plusieurs projets d’envergure, surtout en matière d’infrastructures de transport.

L’on doit ainsi à la Chine, le « Grand contournement » de Lomé, une voie expresse de 14 km, pour un coût officiel de 34 milliards F CFA.

Le « contournement » de la faille d’Alédjo, sur 18 km, « le contournement des Monts Défalé » sur 12 km, des voies construites sur fonds chinois, par des entreprises chinoises.

Il en est de même, du nouveau port à containers de Lomé, pour un coût de 230 milliards F CFA, détenu à 50 % par le groupe chinois, China Merchants Holding.

La Chine financera et exécutera également, les travaux de rénovation de l’Aéroport de Lomé, à travers Eximbank of China et Wietec, pour plus de 120 milliards F CFA.

Mais, les investissements chinois ne s’arrêtent pas là ; à peine ceux-ci bouclés, qu’il est annoncé d’autres investissements, notamment dans le projet de ligne ferroviaire, devant relier Lomé à la frontière burkinabè, sur près de 600 km.

Comme quoi, les relations sino-togolaises sont au beau fixe.

La contrepartie chinoise

Mais, si la Chine est disposée à accompagner les projets d’infrastructures dans les pays africains, dont le Togo, l’investissement chinois n’est toujours pas sans contrepartie.

Premier élément :

La plupart des financements chinois, surtout publics, dans le domaine des infrastructures, sont soumis à la conditionnalité, que ce soit des entreprises chinoises, qui soient désignées pour les exécuter.

Deuxième élément :

Les entreprises chinoises sont à la fois, dans la conception et dans l’exécution des projets. De quoi donner lieu à des conflits d’intérêts, débouchant le plus souvent, sur des problèmes de surévaluation des coûts, et de qualité des ouvrages réalisés.

Des situations devant lesquelles, les administrations et autres techniciens locaux, sont obligés de s’effacer pour laisser les politiques trouver des compromis, le plus souvent au détriment des intérêts du pays.

Troisième élément :

Autre constance, et qui n’est pas pour déplaire aux politiques africains, la Chine n’est pas très regardante sur la pertinence des projets à elle soumis, encore moins sur leur impact réel sur le développement du pays demandeur, voire sur leur rentabilité. Seul déterminant, la capacité du pays à dégager des moyens pour le rembourser.

Quatrième élément :

Dans ce domaine précis, et le plus souvent, la Chine reste ouverte. Le pays bénéficiaire de l’investissement, pouvant s’engager à la payer sur ses ressources financières propres, ou par ses ressources naturelles, exploitées directement par des entreprises Chinoises, ou par tierce personne. L’essentiel étant, que les engagements pris, soient honorés.

Les revers de la pratique Chinoise :

Cette forme de coopération, mise en place par la Chine, et qui semble séduire nombre de pays africains, loin de contribuer au développement tant attendu et espéré, est plutôt en train de produire aujourd’hui, des effets pervers sur le développement réel :

Des entorses à la bonne gouvernance :

Les engagements Chinois, conclus avec les pays bénéficiaires, échappent le plus souvent, au commun des citoyens. Négociés au sommet, en l’absence de toute transparence, ils échappent pour ainsi dire, à tout contrôle ; même parfois au ministère de tutelle, pour ne pas dire, à l’administration. Tout est fait pour que tout se règle au niveau politique, rendant tout contrôle et tout recours administratifs inopérants.

Des risques accrus d’endettement :

Difficile aujourd’hui de donner un chiffre, sur le niveau des engagements togolais auprès de la Chine. Tant les projets sont nombreux, surtout ces dernières années, et les données difficilement vérifiables.

Seule certitude, les engagements du pays, auprès de la Chine ont explosé, avec la politique des grands travaux d’infrastructures, engagée ces dix dernières années. Et en l’absence de toutes données officielles, transparentes, sur les différents projets, les différents engagements, il est à craindre une situation de dépendance accrue, vis-à-vis de ce pays, dans les années à venir. Et pas nécessairement pour le bonheur et l’avenir du pays, en termes de développement socio- économique.

Cogetra
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