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Problème de déficit électrique : la faute toujours à la CEB ?

Le 10 mars 2015 à Cotonou, après 48 ans passés au service d’une communauté électrique,  le Togo et le Bénin décidaient  de mettre un terme au monopole de la CEB (Communauté Electrique du Bénin), dans les domaines de la production et de l’exportation de l’énergie électrique dans les deux pays.

Une décision politique, économique et stratégique, mais aussi un aveu d’échec, dans le rapprochement de deux pays, pour se construire un destin commun, dans le domaine ô combien vital, de l’énergie électrique. Des mois après, rien ou presque n ’a bougé.

La CEB, Une communauté d’intérêts :

Le 27 juillet 1968, en décidant de créer la CEB (Communauté Electrique du Bénin), par un accord international Daho-Togolais de l’électricité, le Togo et le Bénin (ex-Dahomey), deux pays africains, francophones, frontaliers, unis par l’histoire et assez proches dans bien de domaines, étaient loin de se douter, que 48 ans plus tard, ils allaient eux-mêmes desceller, ce qu’ils scellaient.

La CEB, un exemple de coopération entre deux Etats, aux intérêts parfois antagonistes, mais décidés à mutualiser leurs ressources, pour faire face aux défis énergétiques qui se posaient à eux

Ainsi, la CEB s’était  vue confier, et en exclusivité, sur les deux territoires (le Togo et Bénin), la production, le transport, l’importation et l’exportation de l’énergie électrique. Aux compagnies nationales, la distribution et la commercialisation l’émergence électrique, au plan local.

Une organisation et une coopération, qui vont aboutir en 1987, à la construction du barrage hydro-électrique de Nangbéto, d’une capacité de 65 Mégawatts, en territoire togolais.

Une production qui déjà à l’époque, était bien en deçà des besoins des deux pays. Mais paradoxalement, depuis, aucun autre investissement majeur n’a suivi. Et depuis 2008, face aux besoins en électricité toujours croissant des deux pays, la CEB va se convertir totalement  en importatrice plus qu’en productrice.

Ses principaux fournisseurs aujourd’hui sont le Ghana, le Niger, le Nigéria, et la Côte d’Ivoire.

En 2013, sur environ 1. 286 GMh  consommés au Togo, l’électricité importée représentait 74%, contre 6,2% produite par la CEB.

On est bien loin de l’objectif d’autosuffisance en besoins d’électricité prévu pour 2003. Un objectif basé sur un programme d’investissements, qui devaient se traduire par la construction de barrages hydro-électriques à Adjarala, et Kétou au  Bénin. Mais depuis, rien.

Résultat, en 2008, face aux pénuries répétées d’élecctricité, et a l’incapacité de la CEB  à pouvoir y faire face, le Togo et le Bénin vont décider  de mettre fin à son monopole, surtout dans le domaine de la production.

Les difficultés de la CEB :

Comme tout organisme public, la CEB dépendait du bon vouloir du Togo et du                Bénin.

Principal fournisseur d’électricité aux compagnies nationales  des deux pays, elle va se trouver rapidement confrontée  à une situation financière  de déficit chronique, à cause des multiples impayées de ses clients, qui ne sont autres que les compagnies de distribution électrique nationales du  Togo et du Bénin.

Concernant  les Programmes d’investissements dans la production et le transport du courant électrique, pour mettre les deux  pays définitivement à l’abri des pénuries, et leur garantir une indépendance énergétique vis-à-vis de l’extérieur, là encore l’engagement des deux Etats fera défaut.

Selon une étude de la Banque Africaine de Développement (BAD), « la CEB a  eu toujours du mal à développer son programme d’investissement….., compte tenu du fait que ses ressources financières proviennent exclusivement  des Etats membres ».

Des problèmes qui ont grevé les finances de la CEB, à tel point que même vis-à-vis de ses fournisseurs étrangers, comme la VRA (Ghana), la CIE (Côte d’Ivoire), la TCN (Nigéria) et NIGELEC (Niger), elle s’est retrouvée avec des arriérées de paiement.

Une situation qui s’est aggravée à partir de 2005,  avec la dissociation de la chaine de valeurs de l’électricité (Production, Transport, Distribution, Vente)  chez les différents fournisseurs extérieurs.

Du jour au lendemain, la CEB, organisme public, s’est vue contrainte à négocier ses achats, avec des entités privées, habituées à la loi de l’offre et de la demande.

La solution  de la libéralisation du secteur de l’électricité :

Plusieurs voix autorisées ont appelé ces dernières années, les deux pays à mettre fin aux monopoles de la CEB, sur la production, le transport, l’importation et l’exportation de l’énergie électrique, en ouvrant le secteur à la concurrence des PIE (Producteurs Indépendants d’Electricité).

Et de donner en exemples, les restructurations intervenues au niveau du secteur, dans certains Etats de la sous-région. Comme pour la CIE en Côte d’Ivoire, ou la VRA au Ghana, qui se sont vues scindées en plusieurs entités de droit privé.

Un pas, que le Bénin et Togo ont prudemment accepté de franchir en 2008, en introduisant dans le secteur, des producteurs indépendants d’électrique (PIE).

Ainsi, en 2008, l’Etat togolais va signer avec Contour Global, une société privée de production d’électricité, une convention de 25 ans, pour fournir de l’énergie électrique à la CEET (Compagnie nationale de production et de distribution de courant électrique).

Une concession qui mettra quatre  années à se mettre en place. Octobre 2006, le gouvernement togolais signait avec Contour Global Togo, une convention de concession sur 25 ans. Laquelle sera suivie en juin 2007, par un contrat d’achat d’énergie avec la CEET. Le 6 mai 2009, la convention de concession et le contrat d’achat d’énergie entreront en vigueur, avec la signature des engagements financiers. Quelques mois plus tard, le 15 octobre 2010, la centrale thermique de 100MW, avec une capacité  annuelle de 780 GWh, entrera en service.

Un long cheminement, pour aboutir à un accord aujourd’hui décrié. En effet, l’accord conclu entre l’Etat togolais et ce Producteur Indépendant d’Electricité (PIE), Contour Global Togo SA, est un contrat de type « take or pay ». En terme clair, même sans avoir consommé, la CEET est tenue de payer à Contour Global, une somme fixe par an, et ce durant toute la durée de la concession, c’est-à-dire 25ans. Ce qui ne va pas de soi.

En effet, depuis la création de Contour Global, toutes les projections  de départ, ont du mal à prendre. D’un côté, faute de gaz, la Centrale doit tourner au quart de ses capacités, et avec du fuel lourd, plus coûteux que le gaz, mais de l’autre, la CEET doit composer avec des coûts d’achat de l’énergie produite par ce PIE, beaucoup plus chers que l’énergie fournie par la CEB.

Une situation bien compliquée, aussi bien pour l’Etat togolais, la CEET, que pour  le consommateur final  togolais.

Cogetra
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