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Présidence de la CEDEAO: Exercice risqué pour Faure Gnassingbé

Après douze années de diplomatie active et discrète, Faure Gnassingbé peut aujourd’hui savourer, la reconnaissance de ses pairs, qui viennent de le désigner, nouveau Président en exercice de la Cedeao. Une présidence qu’il prend, à une période assez délicate, de l’histoire de cette institution régionale, appelée à assumer sa destinée, à travers une plus grande intégration économique, et une plus grande coopération de ses membres, pour plus de sécurité et de stabilité dans la région. Mais, la Cedeao doit aussi faire face, à l’épineux problème de l’adhésion du Maroc, à une certaine guerre de leadership en son sein, et à la gestion des intérêts stratégiques, parfois contradictoires, pour ne pas dire antagonistes de ses membres. Des rivalités et antagonismes, qui se sont encore invités à ce 50è sommet de Monrovia.

Entre Anglophones et Francophones :

Pas toujours facile de maintenir un dialogue constructif, entre des Etats anglophones, émancipés, et des Etats francophones, souvent à la marge de manœuvre ténue, avec d’un côté, le géant Nigéria, sûr de sa puissance et de son rôle moteur, et de l’autre, la Côte d’Ivoire ou le Sénégal, en quête d’un leadership francophone régional. Si sur le plan politique, chaque camp respecte la sphère de l’autre, sur le plan économique, les données sont plus complexes. Les francophones craignant généralement, une certaine hégémonie des anglophones, économiquement plus armés et plus portés vers l’expansionnisme. Des craintes et rivalités, qui se sont jusque là posées en freins, à la marche vers une plus grande intégration régionale, surtout en matière de liberté de circulation des personnes et des biens, et d’adoption d’une monnaie commune. Sur ce dernier point, si les anglophones sont prêts à franchir le pas, les francophones, arcboutés sur le Franc Cfa, continuent de freiner l’évolution, mettant en avant des critères de convergence économique et financière, pour gagner du temps. Et ces trois dernières années, avec la crise économique, due à la chute des cours des matières premières, dans laquelle se sont engluées les économies du Nigéria et du Ghana, sans compter la crise sanitaire créée par Ebola, et la guerre déclarée par Boco Haram, tous ces objectifs d’intégration ont vite été mis dans le placard.

L’adhésion du Maroc, et les candidatures de la Tunisie et de la Mauritanie :

Selon plusieurs observateurs, tous ces intérêts soudains, non dénués de calculs, ne semblent guère enchanter tout le monde. Et même si ces derniers mois, le Maroc semble avoir rallié à sa cause, quelques pays, et non des moindres, beaucoup continuant de craindre l’expansionnisme du Royaume chérifien, qui à terme, pourrait se révéler nuisible, pour leur essor économique, surtout, par une trop grande ouverture du marché régional, aux entreprises marocaines, mieux armées. En quelque sorte, une sorte d’APE (Accord de Partenariat Economique) bis. Mais, le Maroc sait qu’il peut compter sur des pays comme le Sénégal, le Togo, et surtout la Côte d’Ivoire, aujourd’hui la première de la Zone à capter l’essentiel de ses investissements. Mais, au-delà des visées mercantilistes du Maroc, des contradictions internes à la Cedeao, le Maroc serait-il prêt à accepter les décisions politiques de l’institution, la liberté de coopération de ses pairs, avec l’épineux dossier du Sahara occidental, le retour de l’Algérie dans le jeu, ou encore la présence de plus en plus affirmée d’Israel dans la région ? Autant de questions jusque là passées sous silence, et qui d’un jour à l’autre, pourraient venir exacerber davantage, les problèmes qui fâchent au sein de la communauté. Toutes choses qui font dire aux observateurs, que la Cedeao commettrait l’erreur d’accepter en ce moment en son sein, un Maroc aux antipodes de certaines de ses valeurs, alors même qu’elle-même est loin d’avoir trouver cet équilibre fédérateur, qui pourrait le faire avancer, sans risque de désunion.

La place du Nigéria :

En proie à des difficultés économiques depuis quelques temps, et avec un Président Buhari à la santé chancelante, le Nigéria semble aujourd’hui un peu en retrait sur un certain nombre de sujets essentiels, mais qui demain, pourraient rebondir, quand ce géant se serait de nouveau fait une santé. Première économie du continent, avec un marché de plus de 150 millions de consommateurs, c’est dire que le Nigéria n’a pas encore dit son dernier mot, surtout sur les questions touchant à l’avenir de la Communauté. Un pays qui ne manque pas de majors nationaux, et qui demain, pourraient s’intéresser au marché marocain. Le Royaume serait-il prêt à accueillir les bras ouverts, ces tycoons nigérians que rien n’effraie ?

Cogetra
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