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Présidentielle au Togo : ce sera le 22 février

L’inscription de la date du scrutin dans l’agenda politique se fait dans un contexte tendu. L’éventuel quatrième mandat du président sortant fait polémique. La législation en vigueur permet au président Faure Gnassingbé de se présenter à un quatrième mandat.

Rendez-vous est pris aux urnes pour les Togolais. Le décret publié au soir du jeudi 5 décembre par les autorités du pays, « fixe la date du 1er tour de l’élection présidentielle au 22 février 2020 ». « Les bureaux de vote sont ouverts de 7 heures à 16 heures (heure locale et GMT) sur toute l’étendue du territoire national et en heure locale pour les bureaux de vote dans les ambassades retenues pour le vote des Togolais vivant à l’étranger », indique le texte. Pour la première fois, la diaspora togolaise votera, à la suite d’une loi votée le 5 novembre par l’Assemblée nationale.

D’autres décrets ont été adoptés par le gouvernement en conseil des ministres et portent sur l’ensemble du processus électoral. Ainsi, la campagne électorale pour ce scrutin sera ouverte le jeudi 6 février pour prendre fin le jeudi 20 février. Les forces de défense et de sécurité iront aux urnes 72 heures avant la date du scrutin général, une vieille tradition au Togo afin de leur permettre d’assurer la sécurité le jour du vote. Si aucun des candidats n’obtient de majorité à plus de 51 %, un second tour sera organisé.

Un processus électoral polémique

L’annonce de la date du scrutin intervient dans un contexte politique tendu. Plusieurs partis d’opposition et des responsables de la société civile, dont les évêques du Togo, ont demandé le 13 novembre la « suspension » du processus électoral et l’ouverture d’un dialogue avec le pouvoir pour permettre la recomposition de la Cour constitutionnelle, l’établissement d’un fichier électoral fiable et le réaménagement de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Des exigences réitérées par plusieurs centaines d’opposants qui ont manifesté à Lomé. À l’appel du Front citoyen Togo debout (FCTD) qui rassemble de nombreuses organisations de la société civile togolaise, les manifestants ont sillonné les rues de la capitale, scandant des slogans hostiles au pouvoir, en présence de leaders de l’opposition.

« Il est important que certaines conditions soient remplies pour le bon déroulement du processus électoral. Nous appelons le pouvoir à répondre à nos revendications : un bon fichier électoral après un recensement électoral et la recomposition de la commission électorale nationale indépendante (Céni) », a déclaré à l’AFP David Dosseh, porte-parole du front FCTD. Pour Brigitte Adjamagbo-Johnson, coordinatrice d’une coalition regroupant cinq partis d’opposition, il n’est plus possible d’organiser au Togo des élections « dans les mêmes conditions que celles auxquelles on a déjà assisté. L’enjeu de l’élection présidentielle de 2020 est crucial. Nous allons nous battre pour des conditions de transparence », a-t-elle martelé.

Un quatrième mandat ?

Autre objet de crispation, la très probable candidature du président sortant. Le président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005 après avoir succédé à son père, devrait en effet être candidat à un quatrième mandat, rendu possible par un vote des députés. En mai dernier, l’Assemblée a validé une révision constitutionnelle qui permet non seulement au président Gnassingbé de se représenter en 2020 et 2025, mais aussi de bénéficier d’une immunité à vie « pour les actes posés pendant les mandats présidentiels ».

Mais le chef de l’État peut compter sur plusieurs soutiens. Ces dernières semaines, plusieurs associations proches de l’Union pour la République (Unir) au pouvoir, ainsi que certains cadres de ce parti, ont ouvertement invité Faure Gnassingbé à briguer un quatrième mandat. Noël de Poukn, président de la Nouvelle Jeunesse pour le soutien au président Faure (NJSPF), n’a pas non plus caché son engouement pour une réélection du président sortant. « Nous appelons notre champion Faure Gnassingbé à être candidat à la présidentielle de 2020, a-t-il déclaré lors d’un meeting. Il est aujourd’hui l’homme de la situation. C’est lui qui peut gouverner notre pays dans la paix. »

Le chef de l’État candidat sera donc certainement l’adversaire de Jean-Pierre Fabre, qui a obtenu l’investiture de son parti le 19 octobre. Pour la troisième fois, le représentant de l’Alliance nationale pour le changement tentera de s’asseoir dans le fauteuil présidentiel. En 2010 et 2015, il avait obtenu la deuxième place du scrutin avec respectivement 33,93 et 35,19 % des voix. Lors du dernier congrès de l’ANC, il avait invité le président Faure Gnassingbé à ne pas briguer un quatrième mandat pour éviter des « tensions sociopolitiques » dans le pays. « Pour des raisons de contexte politique national aussi bien que d’éthique politique, le chef de l’État, qui aura accompli en 2020 trois mandats de cinq ans chacun à la tête de l’État, ne peut plus briguer un 4e mandat présidentiel », avait-il averti. Faure Gnassingbé l’entendra-t-il ?

Cogetra
Source
Le Point Afrique
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