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Nouveau Plan de Développement du Togo, éviter de commettre les mêmes erreurs

A l’instar de nombre de pays subsahariens, le Togo depuis le 3 Août dernier, a lui aussi son nouveau Plan National de Développement.

Appelé PND (Plan National de Développement), la nouvelle stratégie de développement, conçue à près de 90 %, dans des officines étrangères et vendue au pays, ne vise pas moins, que « la transformation structurelle de l’économie nationale, pour une croissance forte, durable, résiliente, inclusive, et créatrice d’emplois, améliorant le bien-être social ». Et ceci, en cinq ans. De 2018 à 2022. Des objectifs louables, mais qui peuvent s ’avérer des chimères.

Un nouveau plan d’endettement :

Le mérite de ce nouveau plan, c’est déjà d’exister, et comme l’indique une page officielle, « le PND servira de boussole à l’action gouvernementale », durant les quatre prochaines années.

Seul problème, arriver à rassembler la bagatelle de 4.622 milliards de Francs CFA, en cinq années, pour couvrir les investissements au programme.

Pas une mince affaire, pour un petit pays, certes aux potentialités énormes, mais qui traine avec lui, des risques d’instabilité, liés surtout à son système politique et  – – –  à sa gouvernance.

En effet, le nouveau plan repose avant tout, sur des investissements, des ressources financières d’importance, dont ne disposerait pour l’heure le pays, et qu’il faudra bien aller chercher à l’extérieur, auprès de bailleurs étrangers, surtout occidentaux.

Et malgré leur frilosité, le continent demeure une manne pour les bailleurs étrangers, parce qu’avant tout, il s’agira de dettes souveraines, c’est-à-dire d’emprunts officiels, garantis par l’Etat, avec l’aval des « représentants du peuple ».

Et même en cas d’investissements privés directs, l’on demeure dans la même logique, de garantie souveraine de l’Etat, pour la durée de la dette, avec tous ses encours.

Des plans conçus dans des officines étrangères et vendus à nos pays :

Qu’il s’agisse de la SCAPE (Stratégie de Croissance Accélérée et de Promotion de l’Emploi), exécutée de 2013 à 2017, ou aujourd’hui du PND (Plan National de Développement), lancé en 2018 pour prendre fin en 2022, le Togo n’a rien inventé, sinon de suivre un mouvement, une nouvelle tendance impulsée par les nouveaux maîtres des économies faibles, que sont la Banque Mondiale et le FMI (Fonds Monétaire International).

Ainsi, du Congo au Cameroun, du Sénégal à la Côte d’Ivoire, ou du Togo au Burkina, toutes ces économies sont devenues des abonnées au Plan National de Développement.

Et comme toujours, puisqu’il n’y a jamais eu d’esprits assez éclairés, assez compétents, pour trouver faveur aux yeux des dirigeants africains et de leurs bailleurs, pour concevoir et bâtir des Plans et Stratégies de développement propres à l’Afrique, c’est aux officines étrangères, occidentales, bien désignées, que sont revenus, tout naturellement, les nouveaux Plans Nationaux de Développement des pays africains.

Les mêmes, pour tailler sur mesures, ces plans, à presque tous les pays de la région. Des plans qui parfois, se ressemblent et se concurrencent.

Comme le fait remarquer cet universitaire togolais, l’ironie de toute cette histoire, c’est que les concepteurs de ces nouveaux Plans, tenus en plus hautes estimes, et qualifiés à torts d’experts internationaux, n’ont véritablement d’expertises, de connaissances, et d’expériences, que souvent, quelques jours passés dans ces pays, au frais dans des hôtels de la capitale, et aux frais du contribuable. De quoi laisser songeurs.

Quid de la SCAPE (Stratégie de Croissance Accélérée et de Promotion de l’Emploi) :

Venté et vendu durant la période 2013 – 2017, ce Plan de développement économique et social, tout aussi ambitieux que le PND, visait pas moins, que le développement des secteurs à fort potentiel de croissance, le renforcement des infrastructures économiques, le développement du capital humain, de la protection et de l’emploi, le renforcement de la gouvernance, et la promotion d’un développement participatif, équilibré et durable.

Soit cinq axes principaux, avec des objectifs chiffrés, couvrant les cinq années d’exécution du programme.

Et parmi ces objectifs chiffrés, faire passer le PIB (Produit Intérieur Brut), de 4,1 % pour la période 2009 – 2011, à 7,1 % pour la période 2013 – 2017.

Réduire le sous-emploi, qui était de 29,1 % en 2011, à 23,4 % en 2017, et dans le même temps, faire baisser l’indice de pauvreté, qui était de 58,7 % en 2011, à 43,7 % en 2017.

Des objectifs bien nobles, pour un programme ambitieux et porteur d’espoirs, mais qui à la fin, n’aura que peu impacté positivement, sur le quotidien des togolais.

De 2013 à 2017, des bilans seront produits, avec des montagnes de chiffres, indiquant un développement soutenu du pays, avec des avancées notables dans plusieurs domaines, et donc la réussite du Programme.

Mais, sur le terrain, la réalité est tout autre. La pauvreté n’a guère reculé ; bien au contraire. Le sous – emploi et le chômage restent endémiques. Dans les villes comme dans les villages, les récriminations demeurent. Et l’explosion sociale n’est généralement jamais loin.

Certes, le pays aura fait un véritable bond, en matière d’infrastructures de transport, mais leurs incidences restent faibles sur le quotidien des populations. Et la boutade populaire, c’est qu’ « on ne mange pas les routes ». Ce qui résume tout.

Des plans qui ne prennent suffisamment pas en compte les préoccupations et besoins des populations ?

Visiblement oui, malgré le lot de séminaires-ateliers organisés ici et là, pour essayer d’impliquer les différents acteurs locaux, dans la préparation et l’exécution des projets des plans.

Et pour cause, quand les réalités locales et de terrain ne sont pris en compte, quand les préoccupations réelles des populations, sont simplement méconnues, ignorées, ou absentes dans la conception et de l’exécution des différents programmes et projets, il n’ya pas à s’étonner des résultats au décompte final.

Souvent, si les mécanismes d’implication des populations, ne sont simplement pas biaisés ou bâclés, ils apparaissent bien souvent, comme de purs formalismes, des rencontres d’information plus que d’échanges, pour recueillir des avis, qu’on feint de noter, mais qu’on a vite fait d’oublier sitôt la rencontre terminée.

Résultat, à l’arrivée ou à l’exécution, l’on se retrouve avec des programmes et projets, assez éloignés des besoins et préoccupations réels des populations, dont on veut améliorer le quotidien.

Mais, pour bien cerner le problème, il faut remonter en amont, dans les sphères où ces programmes ont pris forme. Dans ces officines où trônent de prétendus experts de l’Afrique, des experts chevronnés de l’économie et des projets de développement, et qui souvent conçoivent et décident, au nom des populations,  en toute méconnaissance des réalités profondes des pays et du terrain.

L’exception rwandaise :

Au pays de Paul Kagamé, et depuis déjà des années, les partenaires au développement, et encore moins, les bailleurs de fonds, n’ont pas à imposer des schémas tout faits, ou des officines de projets au pays. Si Kigali accepte leur appui, leur accompagnement, les programmes et projets quant à eux, sont conçus et portés par les rwandais eux-mêmes, et généralement des gens de terrain et résidant au pays.

Une exigence qui limite déjà les distorsions, et  rapproche davantage les programmes et projets, des besoins, préoccupations et intérêts légitimes des populations et du pays.

Autre secret de la réussite rwandaise, si tous les programmes et projets doivent avoir des objectifs quantifiables et chiffrés au départ, à l’arrivée, ceux chargés de leur conception et de leur exécution, doivent rendre des comptes. Non seulement répondre de la gestion, mais aussi des résultats obtenus.

Une culture des résultats, qui ne peut souffrir de complaisance, et encore moins, de l’impunité, en cas de défaillance ou de détournement de biens publics.

Dans le pays des mille collines, tout semble indiquer, que l’on a un sens assez large, et assez précis, de la notion de crime économique.

Un problème aussi de gouvernance ?

Les résultats, généralement mitigés que connaissent les programmes et projets au Togo, sont aussi et bien souvent, liés à la qualité des personnes, chargées de les conduire.

Des hommes et des femmes, dont les nominations répondent malheureusement souvent, plus à des critères subjectifs qu’objectifs.

L’important étant qu’ils appartiennent au sérail, et peu importe qu’ils aient la qualification ou l’expérience nécessaires. Des postes qui finalement, apparaissent comme des parachutes dorés, pour se faire ou se refaire.

Et la gouvernance reposant plus sur la confiance que sur le contrôle, un certain laisser-aller a vite fait de s’installer, et de transformer un projet national, en entreprise de village, si ce n’est de famille. Et dès lors, tout semble permis.

L’impunité devenant la règle, et la sanction l’exception, chaque projet devient dès lors, un moyen d’enrichissement, au détriment des objectifs et des populations, pour lesquelles pourtant ils ont été lancés.

D’où aujourd’hui, des craintes légitimes, sur la portée et l’issue du nouveau plan.

Un risque d’endettement accru :

Outre ces faiblesses, liées à la conception et à l’exécution du nouveau Plan de développement, et qui sont de nature à plomber le programme dans ses objectifs, le montant et la nature mêmes des sommes en jeu, 4.622 milliards de Francs CFA, appellent à la prudence.

En effet, il y a bien un risque réel aujourd’hui, que les mêmes causes, produisant les mêmes effets, l’on n’assiste de nouveau, aux mêmes déboires, comme ce fut le cas, avec le Programme SCAPE (2013 – 2017).

Pour rappel, en 2005, avec une dette publique qui avoisinait 81 % du PIB (Produit Intérieur Brut) national, le pays était au bord de l’asphyxie, et les infrastructures industrielles et de transport, en lambeaux. Mais, avec le programme d’allègement de la dette des pays pauvres très endettés (PPTE), dont va bénéficier le Togo dès 2007, cette dette va tomber à 17 % du PIB.

Une éclaircie de courte durée. Dès 2011, avec la politique des grands travaux, initiée par le gouvernement, préfigurant le nouveau programme, baptisé Stratégie de Croissance Accélérée et de Promotion de l’Emploi (SCAPE), la dette publique togolaise va de nouveau exploser, et franchir la barre des 80 % du PIB.

Un record dans l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), dont la limite tolérée est de 70 % du PIB.

De nouveau étranglé par sa dette, le pays doit de nouveau recourir au FMI (Fonds Monétaire International), pour sauver la situation. Et de nouveau, ce sera le retour aux programmes d’ajustement structurel, peu importe les noms qu’on lui donne aujourd’hui, avec des coupes sombres dans les budgets, et leurs répercussions sociales.

A ce rythme, l’on espère renouer avec une situation plus ou moins acceptable, soutenable, en 2022, avec une dette que l’on espère ramener à 56,4 % du PIB. Mais en attendant, il faut continuer, non seulement à serrer la ceinture, mais aussi à rechercher continuellement de l’argent frais, à taux concessionnels.

Cogetra
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