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Nigeria : Pourquoi Abuja se refuse encore à la Zone de libre-échange continentale

Alors qu’il est le géant économique du continent, le Nigeria se refuse encore à la ZLEC. Tout, pourtant, devrait le conduire à y adhérer, ne serait-ce que pour garder son rang.

La ZLEC entrera officiellement en vigueur le 30 mai 2019… sans le Nigeria. Avec le Bénin et l’Érythrée, le pays fait partie des trois pays non signataires de l’accord… Une situation délicate pour l’Union africaine, qui, sans Abuja, se prive de la première économie d’Afrique (..).

Des retombées positives

Avec son intégration à la zone de libre-échange, le Nigeria accéderait en effet à un marché unique de près de 1,2 milliard de consommateurs. « Un marché énorme » et « très avantageux pour les entrepreneurs nigérians », affirme Muda Yusuf, directeur de la chambre de commerce et d’industrie de Lagos (LCCI), dans une étude au profit de l’office nigérian des négociations commerciales. Réalisé par un consortium d’universitaires et d’instituts de recherche, le rapport liste les nombreux bénéfices que le pays pourrait tirer. Et assure que les objectifs économiques du Nigeria sont les mêmes que ceux établis par la ZLEC : « focalisation sur l’industrialisation, orientation export et amélioration de la compétitivité économique » (…).

« Défendre ses industries »

Alors, pourquoi le Nigeria refuse-t-il encore de signer l’accord ? « L’agenda actuel du Nigeria n’est pas continental, mais d’abord national, avance Pierre Jacquemot, président du Gret, une ONG de développement, et chercheur à l’Iris. L’intégration économique est d’abord celle d’un État de 185 millions d’habitants et d’un million de kilomètres carrés, avec une forte fragmentation nord-sud, avant d’être celle de l’Afrique. D’où le souci de défendre ses industries par une politique d’import-substitution plutôt que de jouer avec un libre-échange qui pourrait menacer son économie par des importations massives via des pays de transit voisins. »

Pour justifier sa position, le Nigeria donne en effet souvent l’exemple du libre-échange prôné par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui a dévasté son industrie textile. Craignant un éventuel « dumping », pratique commerciale qui consiste à vendre une marchandise sur un marché étranger à un prix inférieur à celui pratiqué sur le marché intérieur, le gouvernement reste frileux. Et « trouve son compte dans la communauté régionale existante, la Cedeao, qui compte 15 pays et où son PIB représente la moitié », affirme Pierre Jacquemot.

La porte reste entr’ouverte

Pour l’instant réfractaire à la ZLEC, Abuja montre tout de même des signes d’ouverture avec la mise en place d’une commission chargée d’étudier les effets de la zone de libre-échange. Décidée par le président Muhammadu Buhari, elle a été mise en place pour permettre aux autorités d’y étudier point par point l’accord panafricain et d’en déterminer les conséquences pour le commerce nigérian (…).

Cogetra
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