CEDEAO

Monnaie unique de la CEDEAO : Le prochain sommet d’Abuja pour l’adoption d’une feuille de route pour sa mise en œuvre

Les pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ont réaffirmé les 17 et 18 juin derniers à Abidjan en Côte d’Ivoire, leur volonté de mettre en place une monnaie unique d’ici 2020. Le pari pourrait-il cette fois être tenu ?

Le rapport final du Comité technique qui sera adopté fera office de feuille de route pour la mise en œuvre de la monnaie unique de la Cédéao. Pourra-t-on bientôt payer en Eco  ? C’est le nom de la future monnaie que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest rêverait de mettre en place dès le début de l’année 2020.

« La monnaie unique n’est plus une utopie technocratique »

L’annonce a été faite à l’issue d’une réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales des quinze pays de la zone les 17 et 18 juin à Abidjan en Côte d’Ivoire. Pour le président de la Commission de la Cédéao, l’Ivoirien Jean-Claude Brou, cette nouvelle étape « marque un tournant important dans la mise en place de la monnaie unique ». Il s’agit d’un « chantier lancé par les pères fondateurs » de la Cédéao, « l’objectif ultime de l’intégration », a-t-il rappelé. « Les chefs d’État de la Cédéao ont demandé d’accélérer ce chantier pour aboutir en 2020 à la monnaie unique. »

« Il y a une volonté politique », « la monnaie unique n’est plus une utopie technocratique », a lancé le ministre ivoirien de l’Économie et des Finances, Adama Koné, reconnaissant cependant que « le chemin restant à parcourir était parsemé de nombreux défis ». « Il reste à lever des obstacles pour la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes » à l’intérieur de la Cédéao, a-t-il noté.

Si un consensus a été trouvé autour du nom de la monnaie commune Eco, d’autres points ont été abordés comme le modèle fédéral de la future banque centrale et le régime de change qui, apprend-on, sera flexible, c’est-à-dire non indexé sur une autre monnaie comme l’est le franc CFA sur l’euro. Par ordre, les noms proposés sont « ECO (1), AFRI (2) et KOLA (3) », souligne le projet de rapport qui mentionne que « les choix de ces noms ont été opérés sur la base des critères pondérés préalablement définis », prenant en compte l’identité de la Cédéao (40 %), la signification (25 %), la facilité de prononciation (20 %) et la créativité (15 %).

Une banque centrale fédérale et un régime de change flexible

Tous les détails de ce futur chantier sont contenus dans un rapport interministériel qui sera soumis aux chefs d’État et de gouvernement de la Cédéao lors de leur prochain sommet à Abuja le 29 juin. Serpent de mer dont on parle depuis 30 ans, la monnaie unique de la Cédéao remplacerait le franc CFA et sept autres devises nationales, qui ne sont pas convertibles entre elles, ce qui ne facilite pas les échanges. Malgré des économies en croissance, 3 % en 2018 et 3,4 % attendus en 2019 sur la zone, « la situation s’est détériorée pour le critère du déficit budgétaire », indique le rapport. « Cinq pays respectent la norme contre sept en 2017. Par contre, l’on note des améliorations en termes de conformité aux critères relatifs à l’inflation et au financement du déficit budgétaire par la banque centrale avec un pays supplémentaire, portant respectivement à 12 et à 14 le nombre total de ces pays qui respectent ces critères », poursuit le rapport.

Mais les dirigeants africains préfèrent voir le verre à moitié plein et accélérer plutôt sur le critère de la convergence économique. Le respect du calendrier de mise en œuvre de la monnaie unique dépendra « des efforts » de chaque pays en la matière, a déclaré le président de la Commission de la Cédéao, l’Ivoirien Jean-Claude Brou. « Les performances en matière de convergence macro-économique sont une condition sine qua non » pour la monnaie unique, a insisté Adama Koné, ajoutant qu’il fallait « renforcer les mécanismes de surveillance multilatérale ». Une devise unique « va apporter beaucoup à nos économies. C’est une opportunité d’intégration qu’il faut saisir pour les pays africains, car les marchés sont (actuellement) fragmentés ».

Créée en 1975, la Cédéao regroupe aujourd’hui 15 pays totalisant 300 millions d’habitants, dont 180 millions pour le seul Nigeria, poids lourd démographique et économique de la zone, dont il réalise environ 60 % du PIB.

Vers une convergence économique avant 2020  ?

En préalable à la création de cette monnaie unique en Afrique de l’Ouest, les États devront donc définir un référentiel consensuel auquel chacun des membres devrait se conformer. Comme les normes à ne pas excéder en ce qui concerne l’inflation, le déficit public, la dette publique, etc. ces critères permettront à terme d’assurer la stabilité monétaire dans l’espace commun.

Le Nigeria, qui s’était longtemps opposé à la création de cette monnaie unique, semble avoir levé ses réserves, a indiqué le ministre ivoirien de l’Économie et des Finances, Adama Koné. « Le Nigeria d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier », a -t-il déclaré à des journalistes. Le Nigeria a exigé des pays de la zone franc une déconnexion du Trésor français, le franc CFA étant arrimé à l’euro.

Depuis les années 1950, lorsque les pays ont commencé à obtenir leur indépendance de la France, le caractère « idéologique » du franc CFA a fait l’objet de débats. En Afrique de l’Ouest de nombreux pays ne font pas partie de cette zone monétaire du CFA, comme la Guinée qui l’a quittée en 1960, suivie par le Mali en 1962 avant d’y revenir, sans compter les pays anglophones comme le Ghana ou le Nigeria.

Avec ces avancées majeures annoncées, la principale question qui se pose semble celle du calendrier. De nombreux experts sont dubitatifs sur le calendrier annoncé du lancement de la monnaie unique de la Cédéao, en raison des énormes divergences économiques entre les 15 pays, et du chemin restant à parcourir pour une harmonisation. « On est très loin de la réalité pratique d’une monnaie unique », a jugé un expert financier ouest-africain interrogé par l’AFP sous couvert de l’anonymat. « Parler de la monnaie unique de la Cédéao présente un bénéfice politique immédiat : cela permet d’éteindre la polémique sur le franc CFA », a-t-il ajouté.

Cogetra
Source
Le Point AFrique
Afficher plus

Articles similaires

Fermer