EconomieNationalPerspectives

Lutte contre la pauvreté : le FNFI à l’heure des réajustements?

 

C’est en janvier 2014, que le Fonds national de la finance inclusive (FNFI) a été lancé, par le président togolais, Faure Gnassingbé. Ce fonds, considéré comme un instrument d’inclusion financière, et donc de lutte contre la pauvreté, de susciter beaucoup d’espoirs, surtout à ses premières heures. Des milliers de citoyens togolais, vivant dans le dénuement, pensant y avoir trouvé leur salut. Mais, trois années après, l’on est encore loin des espoirs soulevés. Même si quelques uns (jeunes et femmes), grâce aux produits du fonds, ont pu sortir de la précarité, la grande majorité continue de végéter dans la misère…

Au vu du contexte socio-économique qui prévaut au Togo, marqué par la paupérisation des populations, tant urbaines que rurales, les autorités togolaises ont opté pour de nouvelles stratégies de développement, fondées sur l’éclosion des capacités productives des communautés, en vue de la création de richesses. C’est dans cette optique que l’Etat a créé en 2008, le département du «Développement à la base». A l’époque, l’idée était de développer un nouveau paradigme, centré sur l’accès au «minimum vital commun», soutenu par l’accès aux services financiers, à travers l’approche du «Développement à la base» et l’inclusion des groupes vulnérables, particulièrement les femmes et les jeunes. Dans cette même logique, le Chef de l’Etat togolais, Faure Gnassingbé, va lui-même, sponsoriser l’ong-NAFA, qui va, parallèlement aux initiatives gouvernementales, offrir des micro-crédits aux femmes, notamment dans les milieux ruraux. La plupart de ces crédits, ne seront pas remboursés par les bénéficiaires. Plusieurs ayant estimé, que c’étaient des cadeaux du Chef de l’Etat, aux femmes, à l’occasion de la présidentielle de mars 2010. Une magnanimité qui va s’arrêter quelques mois après. Une expérience qui allait servir de phase expérimentale au FNFI, qui naîtra quelques mois plus tard. D’un autre côté, le ministère du développement à la base, après une reprise en main de l’initiative, va créer des plateformes multifonctionnelles, et investir dans la distribution de matériels agricoles, à plusieurs groupements, d’hommes et de femmes, avec des financements, pour le développement des Activités génératrices de revenus.

L’espoir suscité auprès de milliers de Togolais

Le lancement en janvier 2014, à Kara du FNFI, va susciter de l’espoir chez des milliers de togolais, qui trouvaient dans ces mécanismes d’accompagnements, un moyen de sortir de la pauvreté. En effet, au Togo, les femmes sont les plus entreprenantes, surtout dans le domaine des petites activités, génératrices de revenus, pour soutenir la famille. Ce qui a fait penser aux autorités, qu’avec de microcrédits de 30.000 FCfa, l’on pouvait remédier à cette précarité ambiante. C’est dans cette perspective, que l’Accès des pauvres aux produits financiers (APSEF), le premier produit financier du fonds, fut lancé. Un produit développé pour les pauvres, et qui consiste à octroyer des micro-crédits, à des groupes, unis solidairement, mais à utilisation individuelle. Le montant du crédit, s’élèvant à 30.000FCFA, avec un taux d’intérêt réduit de 5%. Avec cet avantage, l’absence de caution matérielle et de garantie. Un produit qui va susciter l’intérêt de plusieurs groupements féminins, avec les conditions favorables offertes, et qui va permettre de toucher plus de 400.000 personnes, entre 2014 et 2015. En 2015, deux autres produits du fonds vont être lancés, en faveur des jeunes et des agriculteurs. Le premier, pour l’Accès des jeunes aux services financiers (AJSEF) ; et le second, pour l’Accès des agriculteurs aux services financiers (AGRISEF). L’idée étant de permettre à des milliers de jeunes, et d’agriculteurs, d’avoir accès à des financements de 300.000 FCfa, et de 100.000 FCfa, pour soit démarrer, soit relancer leurs activités. Beaucoup vont y souscrire. Et à la fin 2016, le FNFI pouvait afficher un bilan de réussite, pour 700.000 personnes touchées, en trois années d’activités. Au ministère du Développement à la base, de l’Artisanat, de la Jeunesse et de l’Emploi des jeunes, on pouvait aussi se satisfaire d’un tel bilan. Mais, très vite, les difficultés vont poindre. A l’enthousiasme des débuts, va succéder la déprime. Plusieurs groupements et groupes solidaires, de femmes et de jeunes, n’auront pas cette chance d’accéder au précieux financement du FNFI, à travers ses intermédiaires, accusés à torts ou à raison, de privilégier leurs connaissances. Et pour ne rien arranger, viendront s’ajouter des difficultés de remboursement, de la part de bénéficiaires, qui n’ont pas compté avec les difficultés du terrain.

Des populations de plus en plus en retrait par rapport aux produits FNFI :

Ainsi donc, trois ans après son lancement, et l’espoir suscité, le FNFI doit faire face depuis quelques mois, à une stagnation, due en partie, au manque d’intérêt de plus en plus affirmé, de ses publics-cibles, par rapport à nombre de ses «produits». De fait, en dehors du produit APSEF, qui a permis à plusieurs femmes de bénéficier de crédits, l’AJSEF et l’AGRISEF, peinent à atteindre leurs objectifs. Le crédit de 100.000 Fcfa, proposé aux agriculteurs, et celui de 300.000 Fcfa, aux jeunes, semblent inadaptés aux réalités auxquelles doivent faire face ces deux catégories. Du coup, l’on note peu d’engouement pour ces deux produits. Seules 132.000 personnes vont solliciter l’AGRISEF. La situation ne sera guère meilleure au niveau avec AJSEF, avec seulement, quelques 12.000 jeunes qui vont y postuler. Et lorsqu’on sait que la population togolaise est à plus de 60% constituée de jeunes, on a idée du désaveu. Et comme si cela ne suffisait pas, le fonds doit aussi gérer le problème délicat de remboursement des prêts consentis, via ses partenaires, les micro-finances. En effet, plusieurs femmes ayant bénéficié des crédits, ont vite fait d’assimiler les produits FNFI, aux crédits de l’ONG-NAFA.

A ce jour, le taux de remboursement tournerait autour des 80%, même si dans certaines régions, le remboursement aurait dépassé les 90%. Du coup, l’on note un certain fléchissement dans l’octroi des crédits, du fait que les nouveaux demandeurs de crédits, sont obligés d’attendre le remboursement des premiers bénéficiaires. Une situation qui fera que, nombre de femmes seront mises en attente, et durant des mois, avant de pouvoir bénéficier à leur tour, d’un financement, parfois largement en deçà de leurs attentes. Ainsi, en 2015, il y aura plus de 232.000 renouvellements de crédits, pour le produit APSEF. Mais en  2016, il n’y aura que 120.000 renouvellements supplémentaires, pour les trois produits réunis du fonds (APSEF, AGRISEF et AJSEF). Cette situation, conjuguée aux quelques dysfonctionnements constatés au niveau des Institutions de micro-finance, partenaires du fonds, créent désormais, une désaffection des populations, qui ne sont plus aussi enthousiasmes qu’aux débuts du FNFI. Et pour ne rien arranger, fidèles à leurs habitudes, plusieurs IMF vont avoir recours aux intimidations et à la police, pour contraindre les bonnes femmes, empêtrées dans des difficultés, à rembourser les crédits en souffrance. «Nous avions constitué un groupe solidaire pour avoir les financements. Mais les activités de deux personnes de notre groupe n’ont pas réellement marché. Elles ont eu des difficultés pour rembourser. Mais les agents de la microfinance n’ont pas arrêté de nous menacer. Nous avons finalement trouvé un moyen pour éponger notre dette, et on n’a plus voulu demander le renouvellement de ce type de crédit», témoigne une bénéficiaire. Les mêmes difficultés de remboursement sont notées également dans la région de Kpalimé, auprès des bénéficiaires d’AGRISEF. Ceux-ci arguant de la faiblesse de leurs récoltes, pour justifier leur retard dans le remboursement ; ce que les IMF ne veulent surtout pas entendre. Position partagée par les responsables du FNFI, pour qui, les bénéficiaires sont tenus au remboursement, parce qu’un prêt est fait pour être remboursé. «Les produits FNFI ne sont pas des dons, mais des crédits qui doivent être remboursés», a rappelé le Directeur Général, Yves Manawe Gnaba, en décembre 2016, lors d’une rencontre du Conseil d’Administration avec la presse. Et Yombo Adanou, le Président de l’Association Professionnelle des Institutions de Microfinance du Togo (APIM-Togo), de renchérir: «Ce n’est pas de cœur joie, que nous amenons nos partenaires avec qui nous discutons social à la police». Le désaveu vis-à-vis des produits FNFI, se traduit également par les chiffres fournis par les responsables. En effet, la ministre du Développement à la base, Victoire Tomegah-Dogbé, a indiqué en 2014, que son ambition était de toucher, grâce au fonds, plus de 2 millions de togolais à l’horizon 2018. A seulement sept mois de cette échéance, on est encore loin de l’objectif, avec seulement 700.000 Togolais de touchés. Autre handicap à la réussite de l’inclusion financière, une couverture insuffisante du pays, et donc des localités, réduisant ainsi les chances de certaines franges de la population, à accéder aux crédits mis en place. A ce jour, plus de 20% du territoire togolais, et notamment les milieux les plus pauvres et reculés, sont laissés pour comptes. Et les différentes tournées de remobilisation effectuées sur le terrain, peinent à changer la donne.

Même si selon la BCEAO, plus de 50% de la population active au Togo ont accès, aux services d’une banque, ou d’une institution de micro-finance, avec l’appui du FNFI, la situation devrait en principe, s’améliorer plus nettement. D’où la nécessité pour le FNFI, de changer de stratégies, pour pouvoir toucher plus de Togolais, en innovant davantage en terme de produits, de demande de garanties, et de gestion des remboursements. Avec la gestion actuelle, il sera bien difficile de toucher les 2 millions de Togolais, les plus vulnérables d’ici 2018, comme envisagé. Et selon le Programme des nations unies pour le développement (PNUD), 58,7% de Togolais sont encore pauvres.

 

Cogetra
Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Fermer