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Lutte contre la pauvreté : Tirer leçon du passé : l’exemple du FNFI

C’est en janvier 2014, que le Fonds national de la finance inclusive (FNFI) a été lancé, par le président togolais, Faure Gnassingbé. Ce fonds, considéré comme un instrument d’inclusion financière, et donc de lutte contre la pauvreté, de susciter beaucoup d’espoirs, surtout à ses premières heures. Des milliers de citoyens togolais, vivant dans le dénuement, pensant y trouver leur salut. Mais, quatre années après, l’on est encore loin des espoirs soulevés. Même si quelques uns (jeunes et femmes), grâce aux produits du fonds, ont pu sortir de la précarité, la grande majorité continue de végéter dans la misère…

2007. Dans un contexte socio-économique, marqué par la paupérisation des populations, tant urbaines que rurales, les autorités togolaises vont opter pour de nouvelles stratégies de développement, fondées sur l’éclosion des capacités productives des communautés, en vue de la création de richesses.

Et c’est dans cette perspective que l’Etat va créer en 2008, le département du «Développement à la base». A l’époque, l’idée était de développer un nouveau paradigme, centré sur l’accès au «minimum vital commun», soutenu par l’accès aux services financiers, à travers l’approche du «Développement à la base» et l’inclusion des groupes vulnérables, particulièrement les femmes et les jeunes.

Dans cette même logique, va apparaître l’ong-NAFA, qui parallèlement aux initiatives gouvernementales, va s’employer à offrir des micro-crédits aux femmes, notamment dans les milieux ruraux, à la veille d’une élection présidentielle cruciale. Ironie de l’histoire, la plupart de ces crédits, ne seront pas remboursés par les bénéficiaires. Plusieurs estimant, à tort ou à raison, que c’était des cadeaux personnels du Chef de l’Etat, faits aux femmes, à l’occasion de la présidentielle de mars 2010.

Une magnanimité qui va s’arrêter quelques mois après. Mais une expérience qui finalement, allait servir de phase expérimentale au FNFI, qui naîtra quelques mois plus tard.

Le ministère du développement à la base, après reprise en main de l’initiative, va créer des plateformes multifonctionnelles, et investir dans la distribution de matériels agricoles, à plusieurs groupements, d’hommes et de femmes, avec des financements, pour le développement des Activités génératrices de revenus.

L’espoir suscité auprès de milliers de Togolais

Le lancement en janvier 2014 à Kara du FNFI, va susciter espoir et engouement chez de milliers de togolais, qui vont trouver en ces mécanismes d’accompagnement, un moyen de sortir de la pauvreté.

En effet au Togo, les femmes sont les plus entreprenantes, surtout dans le domaine des petites activités, génératrices de revenus, pour soutenir leur famille. Ce qui a fait penser aux autorités, qu’avec de microcrédits de 30.000 FCfa, l’on pouvait remédier à cette précarité ambiante.

Et le premier produit financier du fonds, sera l’APSEF (Accès des pauvres aux produits financiers). Un produit développé pour les pauvres, et qui consiste à octroyer de micro-crédits, à des groupes, unis solidairement, mais à utilisation individuelle. Le montant du crédit, s’élèvant à 30.000FCFA, avec un taux d’intérêt réduit de 5 %. Avec cet avantage, l’absence de caution matérielle et de garantie.

Un produit qui va susciter l’intérêt de plusieurs groupements féminins, avec les conditions favorables offertes, et qui va permettre de toucher plus de 400.000 personnes, entre 2014 et 2015.

En 2015, deux autres produits du fonds vont être lancés, en faveur des jeunes et des agriculteurs. Le premier, pour l’Accès des jeunes aux services financiers (AJSEF) ; et le second, pour l’Accès des agriculteurs aux services financiers (AGRISEF).

L’idée étant de permettre à des milliers de jeunes, et d’agriculteurs, d’avoir accès à des financements de 300.000 FCfa, et de 100.000 FCfa, pour soit démarrer, soit relancer leurs activités.

Beaucoup vont y souscrire. Et à la fin 2016, le FNFI pouvait afficher un bilan de réussite, pour 700.000 personnes touchées, en trois années d’activités.

Au ministère du Développement à la base, de l’Artisanat, de la Jeunesse et de l’Emploi des jeunes, on pouvait aussi se satisfaire d’un tel bilan.

Mais, très vite, les difficultés vont poindre. A l’enthousiasme des débuts, va succéder la déprime. Plusieurs groupements et groupes solidaires, de femmes et de jeunes, n’auront pas cette chance d’accéder au précieux financement du FNFI, à travers ses intermédiaires, accusés à torts ou à raison, de privilégier leurs connaissances.

Et pour ne rien arranger, viendront s’ajouter des difficultés de remboursement, de la part de bénéficiaires, qui n’ont pas compté avec les difficultés du terrain.

Des populations de plus en plus en retrait par rapport aux produits FNFI :

Ainsi donc, quatre années après son lancement, et l’espoir suscité, le FNFI doit faire face depuis quelques mois, à une stagnation, due en partie, au manque d’intérêt de plus en plus affirmé, de ses publics-cibles, par rapport à nombre de ses «produits».

De fait, en dehors du produit APSEF, qui a permis à plusieurs femmes de bénéficier de crédits, l’AJSEF et l’AGRISEF, peinent à atteindre leurs objectifs. Le crédit de 100.000 Fcfa, proposé aux agriculteurs, et celui de 300.000 Fcfa, aux jeunes, semblent inadaptés aux réalités auxquelles doivent faire face ces deux catégories.

Du coup, l’on notait peu d’engouement pour ces deux produits en 2017. Seules 132.000 personnes allaient souscrire à l’AGRISEF. La situation ne sera guère meilleure au niveau avec AJSEF, avec seulement, quelques 12.000 jeunes y ayant postulé. Et lorsqu’on sait que la population togolaise est constituée de plus de 60% de jeunes, l’on a idée du désaveu.

Et comme si cela ne suffisait pas, le fonds doit aussi gérer le problème délicat de remboursement des prêts consentis, via ses partenaires, les micro-finances. En effet, plusieurs femmes ayant bénéficié des crédits, ont vite fait d’assimiler les produits FNFI, aux crédits de l’ONG-NAFA.

Fin 2017, le taux de remboursement tournait autour des 80%, même si dans certaines régions, le remboursement aurait dépassé les 90%. Du coup, l’on note un certain fléchissement dans l’octroi des crédits, du fait que les nouveaux demandeurs de crédits, sont obligés d’attendre le remboursement des premiers bénéficiaires.

Une situation qui fera que, nombre de femmes seront mises en attente, et durant des mois, avant de pouvoir bénéficier à leur tour, d’un financement, parfois largement en deçà de leurs attentes. Ainsi, en 2015, il y aura plus de 232.000 renouvellements de crédits, pour le produit APSEF. Mais en  2016, il n’y aura que 120.000 renouvellements supplémentaires, pour les trois produits réunis du fonds (APSEF, AGRISEF et AJSEF).

Cette situation, conjuguée aux quelques dysfonctionnements constatés au niveau des Institutions de micro-finance, partenaires du fonds, créent désormais, une désaffection des populations, qui ne sont plus aussi enthousiasmes qu’aux débuts du FNFI. Et pour ne rien arranger, fidèles à leurs habitudes, plusieurs IMF vont avoir recours aux intimidations et à la police, pour contraindre les bonnes femmes, empêtrées dans des difficultés, à rembourser les crédits en souffrance.

«Nous avions constitué un groupe solidaire pour avoir les financements. Mais les activités de deux personnes de notre groupe n’ont pas réellement marché. Elles ont eu des difficultés pour rembourser. Mais les agents de la microfinance n’ont pas arrêté de nous menacer. Nous avons finalement trouvé un moyen pour éponger notre dette, et on n’a plus voulu demander le renouvellement de ce type de crédit», témoigne une bénéficiaire.

Les mêmes difficultés de remboursement sont notées également dans la région de Kpalimé, auprès des bénéficiaires d’AGRISEF. Ceux-ci arguant de la faiblesse de leurs récoltes, pour justifier leur retard dans le remboursement ; ce que les IMF ne veulent surtout pas entendre.

Position partagée par les responsables du FNFI, pour qui, les bénéficiaires sont tenus au remboursement, parce qu’un prêt est fait pour être remboursé. “Les produits FNFI ne sont pas des dons, mais des crédits qui doivent être remboursés “, a rappelé le Directeur Général, Yves Manawe Gnaba, en décembre 2016, lors d’une rencontre du Conseil d’Administration avec la presse. Et Yombo Adanou, le Président de l’Association Professionnelle des Institutions de Microfinance du Togo (APIM-Togo), de renchérir: «Ce n’est pas de cœur joie, que nous amenons nos partenaires avec qui nous discutons social à la police».

Le désaveu vis-à-vis des produits FNFI, se traduit également par les chiffres fournis par les responsables. En effet, la ministre du Développement à la base, Victoire Tomegah-Dogbé, a indiqué en 2014, que son ambition était de toucher, grâce au fonds, plus de 2 millions de togolais à l’horizon 2018. Sept mois plus tard, l’on était encore loin de l’objectif, avec seulement 700.000 personnes enregistrées.

Autre handicap à la réussite de l’inclusion financière, une couverture insuffisante du pays, et donc des localités, réduisant ainsi les chances de certaines franges de la population, à accéder aux crédits mis en place. A ce jour, plus de 20% du territoire togolais, et notamment les milieux les plus pauvres et reculés, sont laissés pour compte.

Et les différentes tournées de remobilisation effectuées sur le terrain, peinaient à changer la donne.

Même si selon la BCEAO, plus de 50% de la population active au Togo ont accès, aux services d’une banque, ou d’une institution de micro-finance, avec l’appui du FNFI, la situation devait en principe, s’améliorer plus nettement.

D’où la nécessité pour le FNFI, de changer de stratégies, pour pouvoir toucher plus de Togolais, en innovant davantage en terme de produits, de demande de garanties, et de gestion des remboursements. En effet, quatre ans après son lancement, l’on est encore loin du compte. 58,7% des Togolais, vivant encore dans la pauvreté.

 

Cogetra
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