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Lutte conte la corruption au Togo, pourquoi rien ne bouge

Au Togo, comme un peu partout en Afrique, à force de côtoyer la corruption au quotidien, la petite comme la grande, on en vient à la trouver normale, comme partie intégrante de la société. Un mal discret certes, mais plus dévastateur que les grandes pandémies, que connait régulièrement l’Afrique.

Et de temps en temps, pour faire bonne figure, ou se donner bonne conscience, suivant les situations, on feint d’élever la voix, sans pour autant bouger le petit doigt. C’est dire, que le mal a encore de beaux jours devant lui.

Comment demander à un corps malade de s’auto-régénérer ?

Demander aux pouvoirs africains, surtout ceux dans lesquels, la démocratie et ses valeurs, ont du mal à s’enraciner, de prendre à bras le corps, le problème de la corruption, et de lui mener une guerre sans merci, vient en fait à leur demander, de s’auto-mutiler, ou de se faire hara-kiri.

Chose impossible et incongrue, pour des pouvoirs, qui tirent leur essence, leur force, et leur légitimité, d’un système presque institutionnalisé, bien huilé, bien ancré, et souvent hérité de la colonisation.

Ainsi, que ce soit au Togo, comme dans la plupart des républiques trompe-l’œil de la sous-région, l’essence-même du pouvoir politique, tient du pouvoir politico-administratif, au relent parfois ethnique, et disséminé dans tous les rouages essentiels de l’Etat. A savoir, l’appareil administratif, l’appareil sécuritaire, l’appareil judiciaire, l’appareil économique, et bien sûr, l’appareil politique.

Une minorité donc, que d’aucuns ont vite fait de qualifier de « minorité pilleuse », et qui à elle seule, concentre tous les pouvoirs, et régente le pays. Des pouvoirs étendus, dont celui de disposer des suffrages, des nominations, des promotions, de la coercision, du droit de vie et de mort, au sens figuré comme au sens propre.

Un exercice du pouvoir, axé sur la redistribution, voire le partage des fruits du pouvoir, sortes de commissions, à prélever sur les richesses du pays, avec variations, d’un pays à l’autre.

Un tableau, certes caricatural, mais pas si éloigné que cela, de la réalité.

En quelque sorte, des soutiens, qui pour être indéfectibles, doivent être entretenus, protégés et favorisés, au détriment des grands principes, ailleurs élémentaires, de la bonne gouvernance.

Et bien évidemment, on ne peut demander à un tel corps, de renoncer à ses privilèges indus, ou de se faire violence. Ce serait comme, demander à la Suisse, de renoncer à son système de «secret bancaire», ou à la France, de renoncer à ses ex-colonies.

Un système de pieuvre :

Erigé en mode de gouvernance, il s’agit avant tout, d’un système pyramidal, centralisé, hiérarchisé, discipliné, et assez  hermétique, pour fonctionner comme une véritable secte, voire une mafia.

N’entre donc qui veut. Surtout qu’il ne s’agit, d’une admission au mérite. Ce qui compte, c’est un attachement servile, un zèle à toute épreuve, disposer d’un parrain bien placé dans les hautes sphères, et… justifier d’une origine bien vue …

On arrive comme un subalterne, et au fil des années, et surtout de son militantisme, des avis favorables des uns et des autres, on vous fait gravir les échelons.

Comme tout pouvoir absolu, centralisé, en haut de la pyramide, il y a le noyau dur du régime, la garde rapprochée, les fidèles des fidèles, les purs et durs du régime. Généralement un cercle très fermé, ne comprenant pas plus d’une douzaine de personnes. Viennent ensuite les ministres-clés du pouvoir, ceux occupant les postes stratégiques, et pesant parfois même, plus que le chef du gouvernement. A côté d’eux, il y a ceux dont l’influence est souvent méconnue du public, parce qu’évoluant généralement dans l’ombre, et qui gravitent autour du pouvoir, avec rang de conseillers spéciaux. Et enfin au troisième rang, viennent les grands commis de l’Etat, souvent coiffant les grandes administrations, les institutions de l’Etat, les grandes régies financières, et les grandes entreprises d’Etat.

Nommés souvent sur décision discrétionnaire du pouvoir politique, ils lui doivent leur nomination, leur promotion, et donc totalement à lui redevables, pour ne pas dire, à vie. Et pour compléter le schéma, ces derniers, de constituer leur staff, avec d’autres affidés, tous aussi dévolus. Et la boucle est bouclée.

Un système de pompe à fric :

Un vieux dicton dit, «qui a l’argent, à le pouvoir». Vérifiable sous bien de cieux, cela l’est davantage en Afrique, sous les tropiques ; et le Togo ne fait exception. Bien au contraire.

En effet, tout pouvoir pour perdurer, doit savoir nourrir régulièrement sa basse-cour, et se constituer une vraie cagnotte, pour les jours difficiles. Surtout quand, la convenance voudrait aujourd’hui, qu’à intervalles réguliers, l’on se fasse renouveler son mandat. Et même si c’est pour le folklore, ce n’est jamais sans turbulences, ou sans risques. Et dans ces périodes troubles, il y a toujours des consciences à acheter, des soutiens à rallier, en espèces sonnantes et trébuchantes.

Ainsi, se trouve mis en place, un système de ponction, de « prélèvement à la source », de retro-commissions, de commissions, de prises de participations illégales, de fausses déclarations, de fausses facturations, de surfacturations, de collusions, de détournements, etc…

Des moyens, des plus simples aux plus sophistiqués, affinés d’années en années, pour ponctionner les finances de l’Etat, les avoirs de l’Etat. Des milliards de Francs, à s’évaporer ainsi chaque année, dans les méandres des pouvoirs et cercles africains.

Des pertes sèches, pouvant représenter, selon des experts internationaux, 10 à 20 % parfois du budget de l’Etat.

On est là, bien loin de la petite corruption, un sport devenu national en Afrique, où pour passer la douane avec son petit carton de marchandises, les petits commerçants sont prêts à lâcher jusqu’à 50.000 F au douanier, ou le chauffeur de taxi, pris en infraction, qui glisse 1.000 F à l’agent de police, venu le verbaliser.

Si l’un et l’autre restent condamnables, parce que relevant de la corruption d’un agent public, difficile de ne pas faire, la part des choses.

Une lutte perdue d’avance ?

Selon un adage populaire africain, un serpent ne peut se mordre la queue. Et difficile de scier une branche, sur laquelle l’on est soi-même assis.

C’est-à-dire, la difficulté, sinon l’impossibilité pour les pouvoirs africains en  général, et celui du Togo en particulier, de lutter véritablement, contre la corruption et autres infractions assimilées, qui gangrènent aujourd’hui l’économie, hypothéquant ainsi, l’avenir des générations futures.

Et les déclarations d’intention, surtout à la veille d’élections cruciales, comme la « tolérance zéro », pour tout nouveau fait de corruption, ont vite fait d’être oubliées.

Il en est de même, de la création de la Haute autorité de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HAPLUCIA) par loi, le 28 juillet 2015.

Et pour un analyste togolais, il ne s’agit là, ni plus, ni moins, que de la poudre aux yeux, destinée à rassurer certains milieux financiers, bien naïfs par rapport aux méthodes de gouvernance en Afrique.

Mais, peut-on véritablement parler de naïveté, lorsque les donneurs de leçons, eux-mêmes, ne sont exempts de tous reproches ? Eux dont les entreprises en tirent grands profits tous les ans, et dont les personnalités politiques de premier plan, sont devenues des «démarcheurs VIP», auprès des roitelets africains.

Eux qui font et défont les politiques économiques des Etats africains, remis depuis sous tutelle, au moyen d’une assistance économique, voulue et entretenue, pour maintenir toutes ces ex-colonies, sous dépendance.

Comme le relève cet universitaire togolais, ce système est fait pour perdurer, parce que arrangeant bien de mondes. Et pour se donner bonne conscience, de temps en temps, d’exhiber une trouvaille, un artifice, pour bluffer les plus naïfs, sur leur volonté de faire évoluer les choses.

Une des grandes escroqueries de ces dernières années en Afrique, sera l’initiative internationale, pour la transparence dans les industries extractives.

Une initiative sensée apporter plus de transparence, dans la collecte et la gestion des ressources financières, issues de l’extraction des mines en Afrique.

Un mécanisme noble sous ses abords, mais bien vite vidé de toute substance, pour finalement n’être plus qu’un outil, de légitimation des comptes claires-obscures de l’exploitation des mines en Afrique. Et il suffit, de consulter les données produites et validées, année après année, pour s’en convaincre. Une vraie supercherie.

Et que dire des sommes folles, qui illégalement, quittent le continent tous les ans, pour aller enrichir les économies occidentales ? C’est dire, qu’au-delà des discours officiels, des proclamations de bonne foi, il y a bien une complicité, un système dont les ramifications, vont bien au-delà des frontières africaines, pour maintenir un certain pillage du continent, et à dessein.

La démocratie institutionnelle et le patriotisme comme remparts ?

Il existe quand même une réalité : le népotisme, le clientélisme, la politisation à outrance, et leur corollaire de corruption, ne peuvent se nourrir et prospérer, que sur le terreau fertile des démocraties trompe-l’œil, observables dans les républiques bananières d’Afrique.

Des Etats, où les principes démocratiques et les règles de bonne gouvernance sont tronqués, sinon bafoués, et où les  valeurs républicaines sont bien souvent foulées au pied.

Et dans de tels régimes, qui ne peuvent souffrir de la présence de contre-pouvoirs, institutionnels ou non, le fait du prince devient la norme.

Difficile dans ces conditions, de s’appuyer sur la bonne gouvernance, et faire jouer les règles de contrôle, s’il en existe, comme dans toutes démocraties. Et dès lors, que nul n’est au-dessus des lois, sensées présider au fonctionnement normal de l’Etat.

Des principes et normes, qui naturellement, ne peuvent favoriser la corruption et le pillage des finances publiques, au profit d’intérêts divers et égoïstes.

Des lors, difficile voire impensable, de laisser les règles démocratiques et de bonne gouvernance, s’exercer librement dans les Etats africains, et s’enraciner. D’où les soubresauts, les remises en cause, et les hostilités à toute idée d’évolution ou de mutation des règles d’exercice du pouvoir politique, en Afrique, ici et là. Un vrai cauchemar, pas seulement pour les populations, mais aussi pour les tenants d’un pouvoir absolu, ayant main sur tout. En particulier, les ressources des pays.

Cogetra
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