EconomieNational

Leadership dans les ensembles régionaux : notre place, notre avenir

Dans la guerre de leadership que se livrent, aussi bien les pays de la Zone Uemoa, que ceux de la Cedeao, avantage pour l’heure aux grandes économies, dont le Nigéria, la Côte d’Ivoire, le Ghana, ou encore le Sénégal.

Mais le Togo, petit par sa taille et son économie, a quand même une ou des cartes à jouer, à condition de resituer ses ambitions, soutenues par une volonté politique forte, au service exclusif de l’Etat, et de la patrie.

Pays membre de l’UEMOA, de la CEDEAO, et de bien d’autres ensembles régionaux, le Togo a pendant longtemps, recherché des gains politiques, plus que autres, au sein de ces regroupements. Mais aujourd’hui, la donne a changé, il s’agit plus de trouver sa voie, un positionnement, susceptible de vous aider à tirer avantage de ces appartenances.

Le Togo, corridor naturel vers les pays de l’hinterland 

Plus qu’une bande de terre, coincée entre le Ghana à l’Ouest, et le Bénin à l’Est, la position-même du pays, idéalement bien situé, à équidistance des différentes capitales de la sous-région, et surtout des pays sahélo-sahéliens, en fait un véritablement corridor naturel, vers ces pays sans débouchés maritimes.

Un atout, qui pourrait aussi se révéler un avantage décisif, pour un pays disposant d’un port en eau profonde, avec des installations modernes et performantes. Surtout dans un golfe de Guinée, parsemé de ports, affichant les mêmes ambitions, au mépris du principe communautaire.

Mais ici, le pays semble disposer de suffisamment d’atouts, pour rivaliser avec ses concurrents de la région. Seuls points d’ombre, le management de cet outil, et le transport des produits entrant et sortant du port, à partir de réseaux routier et ferroviaire, à la hauteur des attentes des  utilisateurs.

Des éléments essentiels pour tenir un rang de hub régional, en matière d’opérations portuaires, et sur lesquels, les autorités togolaises multiplient les initiatives depuis quelques mois. Mais, il s’agit plus aujourd’hui, de faire vite et bien, car à côté, la concurrence ne dort, ni ne chôme.

Lomé, une place financière sous-régionale

Cette question mérite d’être posée et reposée, surtout aux autorités togolaises, qui pendant un temps, semblent avoir caressé le rêve.

Sous le régime Gnassingbé Eyadéma, accueillir des sièges d’institutions sous-régionales et régionales, était une manière d’affirmer un certain leadership politique, fondement de sa diplomatie. Des efforts, il faut le reconnaître, couronnés de quelques réussites.

Lomé la capitale togolaise, abrite en effet, un certain nombre de sièges d’institutions régionales, dont les plus connues sont, la BIDC (pour le compte de la CEDEAO), la BOAD (pour les pays de la BCEAO), le Groupe Ecobank, le Groupe Oragroup, CICA-RE (compagnie africaine de réassurance), et très probablement bientôt, le bureau régional de la banque allemande, KFW.

Un bon début, une belle réunion, mais insuffisant pour damer le pion à Abidjan, soutenue par une dynamique et une économie en plein essor. Une vraie place financière qui se construit et s’affirme jour après jour. Rien que sur ces derniers mois, la capitale ivoirienne a accueilli, pas moins de six sièges régionaux, de grandes compagnies financières internationales.

Si la bonne santé de l’économie ivoirienne compte pour une grande part, il serait exagéré de tout y ramener. Avant tout, il s’agit d’une volonté politique affirmée et revendiquée, mais aussi, de l’existence d’infrastructures de qualité.

Sur ces deux points, Lomé semble avoir lâché prise, et depuis déjà un bon moment. Non seulement sur ce plan, la diplomatie togolaise a montré ses limites, mais les autorités togolaises aussi, n’ont pas fait grande chose en matière d’infrastructures, au sens global du terme.

En effet, ces dernières années, tout l’effort a été mis dans les infrastructures de transport (routes,  port et aéroport), oubliant que pendant ce temps, le retard se creusait davantage avec  ses voisins, en matière d’infrastructures d’hébergement, de télécommunication, d’éducation, de santé, mais aussi de distribution et de loisirs.

Un ensemble d’éléments, qui comptent dans le décompte final, et qui donne aujourd’hui, un net avantage à Abidjan.

Lomé, un hub sous-régional dans le transport aérien 

Ici aussi, le pays semble disposer de quelques atouts, non négligeables certes, mais non déterminants pour la suite. Car excepté le Nigéria, qui à lui seul, constitue une sous-région, Lomé doit faire face aux ambitions non dissimulées d’Abidjan, de Dakar et d’Accra.

Des capitales, des villes, dont les premiers atouts sont, le dynamisme de l’économie nationale, des infrastructures aéroportuaires de qualité, et probablement en avance sur celles de Lomé, contrairement au discours officiel, et un nombre plus élevé de voyageurs entrant et sortant, porté par un secteur touristique et des économies mieux en forme.

Une faiblesse pour Lomé, mais toutefois compensée par le choix de deux compagnies aériennes, l’une continentale, et l’autre régionale, de faire de la capitale togolaise, leur hub régional.

La première, Ethiopian Airlines, premier transporteur africain, et son partenaire, Asky, une compagnie régionale, desservant l’Afrique occidentale et l’Afrique centrale.

Des arguments de poids, mais qui peuvent très vite, ne pas résister au dynamisme de certaines places, dont Abidjan, disposant de sa propre compagnie, Air Côte d’Ivoire, principal challenger d’Asky dans la région, et pouvant accessoirement bénéficier de l’appui d’autres compagnies aériennes, parmi lesquelles, un ou deux majors du transport aérien international.

Si à Abidjan, la volonté politique est clairement affichée par les autorités ivoiriennes, qui ont décidé de soutenir, et leur place, et leur compagnie nationale, par des investissements conséquents, à la hauteur des enjeux, à Lomé, le soutien semble plus timoré.

En effet, hormis les investissements de ces trois dernières années, dans les infrastructures aéroportuaires de Lomé, Asky dont le siège social est pourtant à Lomé, doit se débrouiller seule. Aucun véritable soutien, direct ou indirect du pays, ne serait-ce qu’en termes de prise de participations, ou d’augmentation de participations au capital social.

Des responsabilités que prennent tous les pays du monde, même ceux qui se disent libéraux, pour défendre leur économie, leurs majors nationaux, leur place, et protéger leurs emplois. Parfois même, en nationalisant des entreprises, ou en interdisant leur prise de contrôle par les étrangers.

Un coup de pousse qui aujourd’hui, fait défaut à Asky, mais dont les autorités togolaises ne se sont privées, lorsqu’il s’est agit de rénover l’Hôtel 2 Février.

Des erreurs, doublées d’un manque de vision, qui demain, pourraient amener certains partenaires, à revoir leur position, sinon leur stratégie par rapport à la place de Lomé.

Manque de vision et de volonté politique ?

Une question qui peut donner lieu à des polémiques, dans le contexte bien particulier du Togo. Mais, difficile de voir claire aujourd’hui, dans la politique nationale de soutien aux projets majeurs, déterminants pour la place et l’avenir du pays.

Si le cas Asky n’est qu’un exemple parmi d’autres, la même absence de soutien politique franc et décisif, voire financier, peut bien concerner d’autres secteurs.

2015, la bataille fait rage entre acteurs du groupe Ecobank, sur l’éviction de son ex-Directeur Général, Thierry Tanoh, sur fond d’immixtions politiques. Si les autorités ivoiriennes, dès le début, se sont rangées du coté de leur porte-drapeau, du coté togolais, une fois encore, ce soutien fera défaut. Mieux, à des moments donnés, on a même fait montre d’une certaine bienveillance, vis-à-vis du poulain d’Alassane Ouattara.

Chose que certains gros actionnaires de la banque panafricaine, n’ont pas digérée, et ont même évoqué à un moment donné, l’éventualité d’un départ du Togo, avec transfert du siège.

Il aura fallu, quelques bonnes volontés, pour calmer une situation, qui risquait de prendre des proportions. Le Ghana à coté, ayant toujours affirmé sa disponibilité, à accueillir le groupe bancaire sur son sol.

Mais, un autre groupe bancaire, Oragroup, pourrait bien lui si l’on n’y prend garde, bientôt faire les frais du manque de soutien des autorités togolaises.

Oragroup, dont le siège social est à Lomé, qui a fait la bonne affaire de reprendre la BTD (Banque Togolaise de Développement), qui aujourd’hui dope sa croissance, et qui entre temps, a même caressé le rêve de racheter à l’Etat togolais, ses parts dans la BTCI et l’UTB, serait depuis devenu, la cible d’autres investisseurs de la région et du continent. Et parmi les intéressés, un groupe financier ivoirien, qui finalement s’est rabattu sur un autre réseau régional de taille plus modeste. Mais, le répit ne sera que de courte durée. Aujourd’hui, c’est un autre groupe financier, cette fois ci égyptien, et avec plus de moyens, qui sonne à la porte, avec ce que cela comporte comme incertitudes, une fois son OPA réalisée.

Des situations, qui pourraient mettre très tôt, un terme aux ambitions de Lomé, et partant du Togo, de tirer son épingle du jeu, dans cette guerre de leadership économique, à laquelle se livrent aujourd’hui, avec acharnement, tous les pays de la sous-région, dans les différents ensembles régionaux. Espérons que le nouveau Plan National de Développement, saura pallier à toutes ces insuffisances, et faire du Togo, « la Suisse de l’Afrique », ou mieux, « l’Or de l’humanité ». Un rêve, une ambition, un idéal, portés par des générations, avant et après l’indépendance, et aujourd’hui encore, un étendard fédérateur, une force puissante de cohésion et de progrès.

Cogetra
Afficher plus

Articles similaires

Fermer