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« Initiative de Lomé » : L’Afrique se lève contre le trafic de faux médicaments

À Lomé, capitale du Togo, sept chefs d’État ont décidé de passer à l’action contre les faux médicaments en durcissant la réglementation.

C’est un pas de plus dans la lutte contre le trafic de faux médicaments. Ces 17 et 18 janvier, sept chefs d’États africains se réunissent à Lomé en vue de la signature d’un accord-cadre. Objectif de la rencontre : la création d’une législation pour criminaliser ce circuit, l’intégration des pays présents aux accords internationaux déjà existants et le renforcement des services de détection et de répression.

Le président congolais Denis Sassou Nguesso, le Sénégalais Macky Sall, le Ghanéen Nana Akufo-Ado, le président gambien Adama Barrow, l’Ougandais Yoweri Museveni et le chef d’État du Niger Mahamadou Issoufou seront donc, à l’issue de ces deux jours, les signataires de l’opération nommée « L’initiative de Lomé ». Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, est également au Togo.

La réunion togolaise s’ajoute aux récents efforts accomplis en la matière par certains pays africains. Depuis, plusieurs plaques tournantes de ce trafic ont été démantelées, comme le célèbre marché Adjégounlè à Cotonou, une des principales portes d’entrée des faux médicaments en Afrique. À Lomé, en juillet, ce sont près de 67 tonnes de produits pharmaceutiques contrefaits, saisis entre juin 2018 et juin 2019, qui ont été brûlés. Et mi-novembre, à Abidjan, une saisie record de 200 tonnes de faux médicaments a été réalisée par la gendarmerie ivoirienne. Quatre suspects, dont un ressortissant chinois, ont d’ailleurs été arrêtés.

L’Afrique, première victime

Si elle est bien réelle, la prise de conscience reste tardive en Afrique. Seuls trois pays, le Bénin, le Burkina Faso et la Guinée, ont en effet ratifié la convention internationale Medicrime, seul mécanisme international criminalisant le trafic de faux médicaments. Dans la plupart des pays africains, le trafic de faux médicaments est souvent considéré comme un simple délit de contrefaçon. Les peines n’atteignent donc que quelques mois d’emprisonnement tout au plus. Pourtant, sur les 128 pays du monde touchés par ce trafic, le continent paye le plus lourd tribut. Selon l’OMS, 42 % des « produits médicaux de qualité inférieure ou falsifiés » découverts depuis 2013 l’ont été en Afrique. Dans certains États, on estime même que les médicaments contrefaits représentent 30 à 60 % des produits médicaux.

En comparaison, dans les pays où des réglementations fermes ont été mises en œuvre et appliquées, ce chiffre s’élève à 1 %. Les conséquences de cette situation, elles, sont désastreuses pour les Africains. Si, au mieux, ces produits falsifiés n’ont aucune répercussion sur la santé du patient, dans certains cas, ils peuvent être très nocifs, voire mortels. Car, en plus de financer la criminalité internationale et le terrorisme, les faux médicaments seraient responsables, toujours d’après l’OMS, de plus de 100 000 morts par an en Afrique. Une étude de l’université d’Édimbourg indique qu’entre 72 000 et 169 000 enfants décèdent probablement chaque année d’une pneumonie traitée avec des antibiotiques de qualité inférieure ou falsifiés.

Une économie lucrative

Parmi les responsables de ce fléau, comme bien souvent, la pauvreté. Les antipaludéens, antibiotiques et antidouleurs sont bien moins chers sur les bâches des marchés de Lagos, Lomé ou Cotonou que dans les pharmacies, où les médicaments sont homologués par le ministère de la Santé. Un prix attractif, mais aussi l’absence de réglementation et la corruption profitent aux trafiquants. Pour eux, le marché est très lucratif. Selon la Fédération internationale de l’industrie du médicament (FIIM), un investissement de 1 000 dollars dans les faux médicaments peut générer 500 000 dollars de profits. Résultat, les faux médicaments sont plus rentables que la plupart des stupéfiants. Une manne qui profite aux responsables de ce commerce informel, dont la plupart, 60 % d’après l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), sont basés en Chine. L’Inde, le Paraguay, le Pakistan, mais aussi le Royaume-Uni fournissent aussi le contingent.

Pour pénétrer le marché africain, ces fournisseurs passent par les ports, notamment ceux d’Afrique de l’Ouest, région la plus touchée par le trafic. Le tiers des 126 millions de faux médicaments saisis dans seize ports africains lors d’une opération de l’Organisation mondiale des douanes en septembre 2016, était par exemple destiné au Nigeria. Véritable porte d’entrée africaine du trafic, le géant anglophone inonde le marché de la région. Et contribue à la prospérité des trafiquants. Pour les États, en revanche, l’addition est salée. En Côte d’Ivoire par exemple, la saisie de 400 tonnes de faux médicaments en octobre 2018 avait représenté « pour l’industrie pharmaceutique une perte financière de 100 milliards de francs CFA », soit 169 millions de dollars, avait fait savoir le ministère de la Santé. Si les terribles conséquences sanitaires dues à la prise de faux médicaments ne poussent donc pas les dirigeants africains à engager une véritable politique en la matière, le manque à gagner économique, lui, pourrait changer la donne.

Cogetra
Source
Le Point Afrique / AFP
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