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Hausse des prix des produits pétroliers : l’argent du pétrole

Sept mois après les hausses intervenues en août 2018, contre toute attente, le gouvernement togolais vient de décider d’une nouvelle hausse des prix des produits pétroliers à la pompe. Une décision, qui naturellement ne sera pas sans conséquence, pour les nombreux utilisateurs de ces produits, et pour des populations au pouvoir d’achat déjà fortement bien entamé.

Et comme toujours, il y a des responsables tout désignés : Un Dollar Us aux cours plutôt défavorables, un marché du pétrole qui de nouveau s’emballe, ou des coûts de transport des cargaisons qui s’envolent, etc… Mais alors, qu’est devenue la Caisse de péréquation instituée depuis déjà des décennies, pour justement stabiliser les prix à la pompe, et protéger les consommateurs, contre ces « arbitraires » ?

 La décision du gouvernement

Depuis ce mardi, 00Heure, les prix des produits pétroliers à la pompe, sont de nouveau repartis à la hausse, après celles déjà intervenues en août dernier, au nom d’un certain «  mécanisme d’ajustement automatique des prix », dont seul le gouvernement semble maîtriser les données.

Ainsi, le Super sans plomb est passé à 564 F Cfa, contre 548 F précédemment, le Pétrole lampant à 505 F Cfa, contre 490 F en août dernier, le Gas-oil à 567 F Cfa au lieu de 550 F, et le Mélange 2 temps, à 661 F Cfa, contre  xxx il y a encore 48 heures.

De légères hausses sans doute, mais qui répercutées sur les volumes d’achats, constituent quand même une manne confortable pour les caisses de l’Etat.

Une décision que dénoncent consommateurs et associations de défense, mais plus résignés que jamais, parce que sachant à l’avance, que leurs voix avaient très peu de chance de porter, encore moins de changer le cours des choses.

Mais, pourquoi ces nouvelles hausses, alors que depuis déjà un temps, les marchés se sont assagis, le Dollar Us stable, et les coûts des produits pétroliers à la pompe, déjà bien élevés, par rapport au coût de la vie au Togo ?

De nouvelles hausses qui reposent tout de même, la question de l’utilité et de l’utilisation faite des ressources de la caisse de péréquation, mise en place depuis déjà des décennies, pour les importations des produits pétroliers distribués au Togo.

Ailleurs et sur le marché international

Depuis août 2018, le baril du pétrole (light sweet crude), qui tournait autour de 74 Dollars, a connu un repli, pour s’échanger aujourd’hui, autour de 67 Dollars.

Pour les spécialistes du marché, cette chute des cours du pétrole, trouverait sa racine dans les déséquilibres persistants du marché pétrolier mondial. « L’offre  reste surabondante mais les producteurs, OPEP en tête, refusent toujours de fermer les robinets ». Chacun, continuant de produire ses volumes habituels, pour préserver son avantage commercial, pariant sur un futur relèvement des cours.

A court terme, l’Opep (l’Organisation des pays exportateurs de pétrole) et ses alliés, emmenés par l’Arabie saoudite, continuent de soutenir la production afin de soutenir les prix du brut. L’accord Opep+ sur la réduction de la production de pétrole restera en l’état jusqu’en juin au moins, a déclaré lundi Khalid al-Falih, le ministre saoudien du Pétrole.

Signe que les cours du pétrole, ne risquent pas de s’emballer, ni dans les prochaines semaines, ni dans les prochains mois, avec l’arrivée sur le marché de nouveaux acteurs, et des niveaux de production qui risquent de continuer à grimper.

Les raisons profondes   des augmentations

Selon plusieurs observateurs, la volonté de l’Etat togolais, aujourd’hui de réduire à la  simple expression, le principe même de subvention des produits pétroliers, tout comme les révisions successives à la hausse des prix à la pompe, notées ces dernières années, tiennent principalement à ses difficultés à réduire ses déficits budgétaires, affichés depuis 2010.

Des déficits qui d’après certains analystes, s’expliqueraient plus par « les pressions budgétaires expansionnistes exercées par la multiplication des projets d’infrastructures, surtout de transport, au programme en 2019 et 2020 ».

Aussi, depuis quelques temps, pour financer ces déficits, l’Etat togolais est-il amené à recourir à des emprunts obligataires, aux émissions de bons de trésor, et de temps à autre, à des dettes commerciales intérieures.

Une politique budgétaire que ses partenaires au développement réprouvent, FMI en tête, et qui a conduit en 2013 et 2014, ce dernier à refuser son accompagnement au Togo. Mais, depuis, les deux institutions de Bretton Woods ont repris leur coopération avec le pays, depuis de nouveau bon élève.

Ainsi, pour renouer avec  une certaine orthodoxie budgétaire, l’Etat s’est engagé à supprimer progressivement ses subventions aux produits pétroliers, qui en 2011, représentaient 2% du PIB (Produit  Intérieur Brut), pour se réduire à 0,6% fin 2014. De quoi donner des ailes, au libéralisme en vogue, et satisfaire aux exigences du FMI et de la Banque Mondiale.

Coïncidence ou pas, toujours est-il que c’est à la veille d’un nouveau rond de discussions avec la Banque Mondiale, que par hasard, ces nouvelles hausses de tarifs des produits pétroliers à la pompe, sont intervenues.

Soulager les populations vulnérables

C’est un des défis, sinon le plus grand défis auquel le Togo est appelé rapidement à faire face, s’il veut asseoir un développement constant et durable.

En effet, si depuis quelques années, la pauvreté semble avoir reculé au niveau national, l’extrême pauvreté a quant à elle augmenté sur la même période.

D’où la nécessité d’une politique sociale de réduction de la pauvreté, plus hardie et plus engagée, au bénéfice des couches sociales vulnérables, avec des ressources budgétaires plus conséquentes que leur niveau  actuel au budget.

Et comme le relève si bien l’ancienne Ministre nigériane  de l’économie, madame Ngozi Okonjo-Iweala, « si nous n’arrivons pas à éradiquer la pauvreté, nous n’arriverons pas à mettre fin aux situations d’instabilité ».

Cogetra
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