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Egypte : Disparition de l’ex-Président Hosni Moubarak

L’ancien président égyptien, Hosni Moubarak est mort ce mardi à 91 ans. Il avait régné sur son pays presque trente ans avant sa chute, en 2011, lors des «printemps arabes». Successeur de Sadate en 1981, le raïs aura réussi à maintenir l’Egypte au premier rang des nations arabes. Mais son obsession de la stabilité et de la sécurité l’a empêché de moderniser le pays.

Hosni Moubarak, qui a largement battu le record de longévité au pouvoir depuis l’instauration de la République, en 1954, aura été une longue période intermédiaire à lui tout seul. Malgré la durée de son règne quasi trentenaire, c’est un pharaon de transition qui s’est inscrit dans le sillage de ce qu’avait lancé son prédécesseur, Anouar el-Sadate, qu’il s’agisse de la paix avec Israël et de l’alliance américaine, ou de ses rapports avec les islamistes. Il réprima durement toute velléité politique des Frères musulmans tout en leur laissant la bride sur le cou sur le terrain social afin de donner une meilleure assise au régime.

En vingt-neuf ans de règne – le plus long qu’ait connu l’Egypte depuis le sultan Mohamed Ali -, Hosni Moubarak a toujours fait de la prudence le moteur de ses décisions. Lucide, il sait qu’il n’a ni le charisme naturel de Nasser, ni le bagout d’un Sadate.

Ce besogneux, méticuleux, réfléchi, lent, réticent aux grands chambardements, aime jouer les forces tranquilles. Certains, à commencer par les chefs d’Etat occidentaux, y voyaient la preuve d’une rassurante sagesse. Beaucoup, en Egypte, percevaient surtout dans cet immobilisme le moyen de verrouiller le pouvoir, en évitant que le pays ne s’engage dans la voie des réformes.

Né le 4 mai 1928 dans le gouvernorat de Menoufeya, dans le delta du Nil, Mohamed Hosni Moubarak est un homme issu de la petite bourgeoisie rurale, ancrée dans le limon du fleuve. A 24 ans, alors que le Mouvement des officiers libres, menés par Gamal Abdel Nasser, renverse la monarchie, le jeune homme sort de l’académie militaire.

Lorsque Sadate s’écroule, le 6 octobre 1981, sous les balles de soldats qui ont rejoint les rangs du jihad, c’est sans discussion que son vice-président le remplace à la tête d’une Egypte abasourdie. Un héritage empoisonné qu’il utilisera à sa manière, sans jamais opérer de choix radicaux et sans jamais se départir de son obsession sécuritaire.

Quand il la prend en main, l’Egypte est au banc du monde arabe pour avoir été le premier Etat arabe à signer la paix avec Israël. Le nouveau raïs doit gérer un pays rongé par la terreur. Il envoie les assassins de Sadate à la corde, et leurs zélotes en prison.

Obsédé par la sécurité, Hosni Moubarak a toujours refusé de lever l’état d’urgence instauré à la mort de Sadate, s’attirant là la haine de la société civile égyptienne. Justifiée aux pires moments de la lutte contre les islamistes, la loi martiale est aussi devenue par la suite un moyen d’étouffer toute contestation politique ou sociale. Une arme au service du pouvoir, permettant pêle-mêle l’interdiction des manifestations, la restriction des activités politiques ou la multiplication des arrestations sans charges.

Hosni Moubarak, à qui on ne prête pourtant guère de goût pour le luxe ou l’ostentatoire, a vu son image d’homme intègre irrémédiablement salie par l’ambiance d’affairisme qui régnait autour de son dernier gouvernement d’avant la révolution, composé massivement de businessmen.

C’est dans le domaine géopolitique que Moubarak tire ses plus grands mérites. Les accords de paix avec Israël, qui ont coûté la vie à son prédécesseur, ont beau être rejetés par la population, il saura s’y tenir, pragmatique et résolu.

En trente ans de pouvoir, l’homme Moubarak aura vécu dans une extrême discrétion. A la manière des dictateurs, il a fait afficher son image à tous les carrefours des grandes villes du pays. Et à chacun de ses anniversaires, les pages des journaux officiels étaient couvertes d’encarts louangeurs. Mais sa vie privée est demeurée un tabou qu’aucun journaliste égyptien n’a jamais osé briser.

Cogetra
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