CEDEAO

Crise malienne : La Cedeao n’exclut pas des sanctions

La Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a fait preuve de fermeté en menaçant ce lundi 27 juillet de sanctions les opposants à son plan de sortie de crise au Mali, qui prévoit le maintien au pouvoir du président Keïta mais prône la constitution rapide d’un gouvernement d’union nationale incluant l’opposition et des élections législatives partielles. Pendant ce temps, la mobilisation ne faiblit pas, le mouvement de contestation du M5-RFP continue de réclamer la démission du dirigeant malien et appelle à de nouvelles manifestations à partir de lundi prochain, soit après la grande fête musulmane de l’Aïd al-Adha prévue le 31 juillet.

Il faut dire que les deux missions de médiation menées par l’ex-président nigérian Goodluck Jonathan et par la suite cinq chefs d’État, Muhammadu Buhari, Mahamadou Issoufou, Alassane Ouattara, Nana Akufo-Addo et Macky Sall à Bamako, la semaine dernière n’ont pas donné les résultats escomptés.

Le temps presse pour la Cedeao

Alors, les 15 chefs d’État de la Cedeao, à l’issue d’un sommet virtuel, ont haussé le ton et prévu un régime de sanctions « contre ceux qui poseront des actes contraires au processus de normalisation », à mettre en œuvre avant vendredi, a déclaré en conclusion des travaux le président en exercice de l’organisation régionale, le chef de l’État nigérien Mahamadou Issoufou. En ouverture du sommet, ce dernier a demandé à ses pairs d’adopter des « solutions fortes pour une sortie de crise rapide » et appelé à « l’union sacrée de tous les Maliens. »

Dans tous les cas, le sommet a appuyé les recommandations de la médiation menée par la Cedeao sous l’égide de l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan, qui n’ont jusqu’ici pas obtenu l’aval du mouvement du 5-Juin (M5-RFP), qui réclame depuis le mois de juin la démission du chef de l’État malien Ibrahim Boubacar Keïta, a-t-il expliqué. Une aggravation de la situation à Bamako aurait des répercussions dans les pays voisins comme le Niger et le Burkina Faso, également théâtres d’attentats djihadistes meurtriers, « et même au-delà », a averti le chef de l’État nigérien.

« Le temps presse et les risques sont grands. Nous devons donc sortir de ce sommet extraordinaire avec des solutions durables et des décisions fortes, à même de garantir la stabilité du Mali et donc de la région », a-t-il dit.

Pour le président ivoirien, Alassane Ouattara, « la crédibilité de la Cedeao est en jeu dans cette crise », a-t-il justifié, ajoutant : « Nous sommes du côté du peuple malien, mais nous ne sommes pas du côté du désordre. »

Le président IBK attaque l’imam Dicko

Prenant ensuite la parole depuis son palais de Koulouba, sur les hauteurs de Bamako, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », a fustigé un « coup d’État rampant » mené par une opposition guidée par un influent chef religieux, l’imam Mahmoud Dicko, et désireuse, selon lui, de remettre en cause la laïcité du pays. Le chef de l’État malien n’a pas mâché ses mots contre son ancien allié. « C’est là, la rançon de guerre de l’imam Dicko, un crime impardonnable » a-t-il appuyé.

La Cedeao maintient son plan

Pour sortir de la crise, dont l’élément déclencheur est une décision controversée de la Cour constitutionnelle, qui a révisé partiellement les résultats des législatives de mars-avril, ces demandes incluent la « démission immédiate des 31 députés dont l’élection est contestée, y compris le président du Parlement », Moussa Timbiné, a indiqué le président de la Cedeao.

Le 10 juillet, la troisième grande manifestation contre le pouvoir avait dégénéré en trois jours de troubles meurtriers à Bamako, les pires dans la capitale depuis 2012, qui ont fait entre 11 et 23 morts.

La majorité du président Keïta devra « tout mettre en œuvre pour obtenir cette démission qui ouvrira la voie à des élections partielles ». En attendant, le Parlement « pourra fonctionner avec les 116 députés restants », a dit Mahamadou Issoufou. « Le Mali a aujourd’hui besoin d’une Assemblée nationale conforme aux résultats des élections législatives, d’un gouvernement d’union nationale, d’une nouvelle Cour constitutionnelle (et) d’une enquête sur les événements des 10, 11 et 12 juillet », a-t-il encore affirmé.

Le sommet préconise également une « recomposition rapide de la Cour constitutionnelle », dont les 3 membres choisis par le Parlement seront désignés après la démission des 31 députés contestés. En cas de blocage, le président Keïta pourra nommer les 9 membres de la Cour, a-t-il dit.

Conformément au plan déjà présenté, les chefs d’État ont également demandé lundi la « mise en place rapide d’un gouvernement d’union nationale avec la participation de l’opposition et de la société civile ». Ils « encouragent » en particulier le mouvement du 5-Juin à « participer » à cet exécutif « dans un esprit de patriotisme ».

Les ministres régaliens « pourront être nommés avant la formation d’un gouvernement d’union nationale », a aussi expliqué le président en exercice de la Cedeao, citant « la Défense, la Justice, les Affaires étrangères, la Sécurité intérieure et les Finances ».

La visioconférence, un format inédit dans cette crise, a débuté vers 10 h 30 GMT et s’est achevée environ trois heures plus tard.

Cogetra
Source
AFP
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