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Attaques jihadistes : La menace à nos portes

« Choc des civilisations », « Guerre des religions », « Guerre de libération », chacun y va de ses idées, pour expliquer, justifier ou condamner l’horreur. Mais aujourd’hui, peu importe de quel camp l’on est, de Jakarta à New York, d’Alger à New Delhi, de Paris à Bamako, du Caire à Ouagadougou, les groupes jihadistes frappent, et toujours là où on les attend le moins. Hommes ou femmes, enfants ou adultes, chrétiens ou musulmans, croyants ou athées, blanc ou noirs, riches ou pauvres, tout le monde y passe. L’attaque meurtrière il y a quelques semaines, d’un véhicule civil à la frontière Burkina-Togo, l’enlèvement il y a quelques jours, de deux touristes français dans le nord-Bénin, ou l’attaque le weekend dernier d’une église dans le nord-Burkina, viennent une nouvelle fois, nous rappeler,  que  désormais, nul n’est plus à l’abri, et que la menace aujourd’hui est à nos portes, si elle n’est déjà dans nos murs.

Durant des décennies, c’est des échos d’attaques terroristes, qui parvenaient aux populations africaines, surtout au sud du Sahara, plus habituées aux coups d’Etat et rebellions, conduits par des militaires ou paramilitaires, contre des pouvoirs en place.

Des menaces donc plus précises, parce que tournées principalement vers des centres de pouvoirs, souvent bien ciblés. Il s’agit donc beaucoup plus, de renverser un pouvoir, et de le remplacer par un autre.

Mais, depuis quelques années, une décennie déjà, la donne à changé. Il s’agit aujourd’hui, de frapper un pouvoir, de « le toucher au cœur », de le désorganiser, de le perturber dans son organisation, dans son fonctionnement, pour en obtenir coopération, neutralité bienveillante, et dans quelques rares cas, le renverser.

Et à ce jeu là, le « terrorisme » semble avoir réussi, là où des armées rebelles, ou traditionnelles, ont échoué.

Une situation contre laquelle, même les Etats les plus développés, les plus aguerris, semblent souvent impuissants.

Le jihadisme et la terreur

Le 13 novembre 2015, veille des fêtes de fin d’année, Paris la capitale française, allait redécouvrir pour la énième fois, la face brutale et aveugle, du terrorisme international. Elle qui pourtant, dispose de la quatrième armée du monde, avec des moyens et des ressources, déployés pour des opérations, sur plusieurs terrains (en Syrie, en Irak, au Niger, au Nigéria, en Centrafrique, au Cameroun, au Mali… et au Burkina), n’est pourtant pas parvenue à protéger sa propre population en ce soir du 13 Novembre. Bilan des attaques, 127 morts, de nombreux blessés et une population traumatisée.

Les Etats-Unis d’Amérique, autre pays, première puissance du monde, avec des moyens et des ressources à la dimension de ses ambitions et de son rôle de « gendarme du monde », mais aussi vulnérable face au terrorisme international.

L’attaque des Etats Unis, le 11 septembre 2001, simultanément et sur plusieurs sites différents, sans oublier l’emblématique World Trade Center,  et ces 2973 morts, est là pour rappeler au monde, la vulnérabilité de tous les systèmes organisés, même les plus sophistiqués, face au terrorisme et à son  mode d’action.

Lomé et sa participation aux missions onusiennes

Malgré sa petite taille, Lomé a toujours nourri des ambitions régionales, voire continentales, à travers une diplomatie « active »,  dans la résolution des conflits.

Une façon bien à elle, de compter sur la scène internationale, en déployant souvent, ressources et hommes, pour des causes qui parfois, dépassent ses moyens.

Ainsi, pendant de nombreuses années, l’ancien président du Togo, feu le Général Eyadema, jouera au « pacificateur » et au « médiateur », dans de nombreux conflits, et parfois avec quelques succès.

Mais, avec le temps, les « hommes providentiels », les « artisans de paix », vont faire place à une médiation internationale, souvent sous  mandat de l’ONU, plus structurée, plus investie, avec souvent des déploiements d’hommes en armes, sur le terrain.

Des missions, connues sous le nom de « missions de paix de l’ONU », avec des déploiements de contingents armés, de différents pays, appelés « casques blancs » ou « casques Bleus » selon.

Le Togo, avec une armée, qualifiée à tort ou à raison de pléthorique, et souvent manquant d’opérations, va trouver là, un moyen  d’occuper ses hommes, surtout que ces missions peuvent s’avérer très « lucratives » pour les hommes, souvent des « heureux élus ».

Ainsi, l’on verra tour à tour, des militaires togolais au Darfour, en Cote d’Ivoire, et tout récemment au Mali, pour occuper un terrain  abandonné par des groupes jihadistes, après une guerre de reconquête-éclair, menée par l’armée française, dans le nord-Mali, occupé pendant un temps, par une rébellion.

Le terrorisme jihadiste

Chassés du Nord-Mali, ces groupuscules jihadistes, qui alimentaient et animaient la rébellion touareg, vont se disséminer un peu partout dans la bande désertique sahélienne, qui va de la Mauritanie au Mali, en passant par le nord nigérien, le sud-Algérie et le sud-libyen.

Et avec les derniers rapprochements, opérés sur le terrain entre le nouveau Etat Islamique, en pleine opération de conquête en Libye, le groupe Boko Haram, le groupe Al-Qaïda au Maghreb,  sans compter les nombreux autres groupuscules djihadistes de la région, c’est dire que la menace terroriste est devenue aujourd’hui, bien réelle dans la sous-région ouest-africaine.

Une menace à nos portes

Une menace qui ne date pas de ce weekend, surtout avec les dernières attaques. En effet, depuis le regain d’activités du groupe Boko Haram au Nigéria, et sa possible dissémination dans la sous-région, les autorités togolaises ont commencé à prendre des dispositions, pour renforcer la sécurité, surtout au niveau de certains lieux sensibles. Mais reste à savoir, si cela pourra suffire, ou du moins, dissuader ces groupes dans leurs projets.

Apparemment, il y a lieu d’en douter. Lomé n’arrivant déjà pas à contenir le petit banditisme, avec son lot d’attaques à l’arme blanche, et de vols de motos toutes les semaines.

L’on se rappelle encore, il y a quelques mois, l’attaque de commerçants transporteurs de fonds, à l’aéroport de Lomé, par des hommes armés, qui après coup, se sont fondus dans la nature.

Autre épisode, l’attaque armée et l’assassinat de l’homme d’affaire libanais, promoteur d’un magasin de matériaux de construction, en pleine journée en 2015 à Lomé.

Des éléments qui mis bout à bout, indiquent clairement, que ce qui s’est passé  ce weekend au Burkina voisin, peut également se passer à Lomé ou dans n’importe quelle ville du pays, à tout moment, et qu’on est loin du risque zéro.

Cogetra
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