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AGRICULTURE & DÉVELOPPEMENT :

Le PNIASAN peut-t-il réussir là où le PNIASA a échoué ?

Le Togo, un pays essentiellement agricole. Selon les chiffres de la Banque Mondiale et du ministère togolais de l’agriculture, de l’élevage et de l’hydraulique, l’agriculture occuperait plus de 70% de la population. Elle contribue pour plus de 40% à la formation du Produit intérieur brut (PIB). Aussi, pour promouvoir ce secteur, porteur de croissance et de développement, le gouvernement va adopter en 2012, le Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire (PNIASA). Après cinq années de mise en œuvre, ce dernier va faire place à un autre programme, le PNIASAN (Programme national d’investissement agricole, de sécurité alimentaire et nutritionnelle) La reconnaissance d’un échec, où la volonté de mieux faire ?

2010, le gouvernement togolais lance l’élaboration d’un Programme de développement agricole, appelé à accroître la production agricole, et assurer la sécurité alimentaire aux populations. A l’époque, le pouvoir tablait sur une croissance agricole annuelle de 6%, non seulement pour booster la croissance économique, mais aussi pour améliorer la balance commerciale agricole, d’environ 25%, de même que l’indice de sécurité alimentaire, surtout des ménages les plus vulnérables. Le PNIASA venait de naître. Objectif, accroitre la production agricole, améliorer les revenus des producteurs dans les filières végétales, assurer la sécurité alimentaire, et réduire de façon drastique, le taux de prévalence de la malnutrition infantile. Il était également prévu une amélioration sensible de la couverture des besoins du pays, en produits vivriers, ainsi qu’un accroissement des exportations agricoles. Même objectif en matière d’élevage et de pêche. Dans la même perspective, le PNIASA devait permettre au Togo, de développer et de diffuser des techniques et technologies améliorées, pour le développement durable des systèmes de productions agricoles.

Plus de 600 milliards de Fcfa pour la mise en œuvre de 3 Projets

Pour dérouler cet ambitieux programme, un financement d’environ 600 milliards de FCfa était nécessaire. Le PNIASA portant sur trois (3) projets principaux : le Projet de développement de l’Agriculture au Togo (PADAT), le Projet d’appui au secteur agricole (PASA), et le Programme de productivité en Afrique de l’Ouest – Projet Togo (PPAO-PT). Et à ces projets, s’ajoute la politique de développement des infrastructures rurales. Devenu cadre unique d’intervention dans le secteur agricole, le PNIASA va mobiliser plusieurs partenaires techniques et financiers, pour boucler le budget de 112,5 millions de dollars, nécessaire pour sa réalisation. La Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC), la Banque Mondiale, le Fonds International de Développement Agricole (FIDA), le Programme Mondial pour l’Agriculture et la Sécurité Alimentaire (GAFSP), ou encore le Fonds Mondial de Réponse à la Crise Alimentaire (GFRP), vont répondre à l’appel. Cinq années plus tard, à l’heure du bilan, il est à reconnaître, à l’actif du PNIASA, quelques bons résultats. Notamment la baisse du taux de personnes en situation de sous-alimentation, de 32,4% à moins de 16,8%. Dans certaines contrées du pays, plusieurs groupements ont vu le jour et ont pu bénéficier de financements pour le développement ou l’amélioration de leurs productions. Les secteurs de la pêche et de l’élevage ont également bénéficié de quelques interventions, avec la distribution de matériels pour les pêcheurs, et la distribution de géniteurs améliorés aux éleveurs. Le secteur céréalier, entre 2012 et 2017, a permis au pays de dégager d’importants excédents alimentaires, mis à la disposition du Programme alimentaire mondiale (PAM), pour le compte de pays comme le Ghana, le Niger, etc. Toutefois, si les autorités se félicitent des résultats obtenus, il est évident que plusieurs objectifs, et non des moindres, assignés au PNIASA, n’ont pu être atteints durant ces cinq années.

Le PNIASAN pour mieux faire ?

Le Togo, riche d’une superficie arable de 3,4 millions d’hectares, dont 45% actuellement exploités, est conscient du rôle premier et déterminent de l’agriculture dans son développement. D’où le nouveau programme (PNIASAN) en cours de validation, pour poursuivre la modernisation et le développement du secteur agricole. Pour le nouveau programme, pas moins de 1.250 milliards de FCfa seront nécessaire pour les dix prochaines années, sa durée, pour accompagner le développement du secteur. Un peu moins de la moitié, soit 500 milliards de fcfa, proviendront d’investissements privés. Les investissements publics devant prendre en charge, la réalisation d’infrastructures de production, le soutien à la planification et à la gestion des unités spatiales de développement agricole, le soutien à la formation agricole, et le recours aux nouvelles technologies. La stratégie du PNIASAN prévoit un accompagnement des producteurs, à travers l’octroi de subventions directes, des lignes de crédits, notamment. Mais essentiellement, il est prévu le développement de l’agro-industrie, et la multiplication des agropoles sur toute l’étendue du territoire national. A travers donc le PNIASAN, les autorités togolaises entendent créer environ 15.000 nouveaux emplois directs, et agir efficacement sur l’indice de pauvreté rurale, qui pourrait passer de 55 à 27%. En outre, le programme table sur l’amélioration de la balance commerciale agricole, de plus de 25%, et une hausse de 10% du revenu moyen des exploitations familiales, et toucher 2 millions de Togolais d’ici dix ans. En théorie, c’est un ambitieux programme de développement de l’agriculture nationale, mais le Togo reste un pays atypique, où les programmes et projets, qui ont fait leurs preuves ailleurs, ont du mal à prospérer. Et la mise en œuvre du PNIASA, a été un exemple palpable, avec plusieurs difficultés, dont les plus illustratives ont été, les retards répétés dans les exécutions, les retards dans les paiements, et souvent, des exécutions bien en deçà des prévisions, malgré la disponibilité des ressources. Pendant des mois, des partenaires techniques et financiers ont invité les autorités togolaises à trouver une solution aux difficultés de décaissement, notées dans le cadre du PNIASA. Mais, très peu d’évolution jusqu’à l’échéance du programme cette année. A cela s’ajoutent, les conflits fonciers, et les difficultés d’accès de la femme à la terre dans les milieux ruraux. Si les autorités se disent fières d’avoir réduit considérablement le taux de malnutrition (en le faisant tomber en dessous des 5%, ce qui a valu au pays un prix de reconnaissance de la FAO), c’est également une certitude aujourd’hui, que les Togolais ne mangent pas à leur faim, et peinent à faire face à leurs besoins alimentaires quotidiens. Pendant qu’à chaque fin de campagne agricole, officiellement des excédents sont dégagés,  sur les marchés, tant de Lomé que de l’intérieur du pays, les prix ont plutôt tendance à flamber, excluant d’office, une bonne partie de la population, du partage de la manne. Sur le plan des produits carnés, le Togo reste toujours dépendant des importations de viandes, et de poissons, au point que des produits avariés en provenance de divers pays, surtout européens, sont régulièrement déversés sur les marchés. Le cas récent de produits avariés, en provenance du Brésil, ont fini par susciter des tôlées. Les besoins du pays en produits carnés sont aujourd’hui estimés à 70.000 tonnes par an, pendant que la production nationale atteint rarement les 40.000 tonnes. Même problème sur le plan des légumineuses, où les bonnes dames ne cessent d’importer de la tomate et des oignons, du Burkina Faso et de plusieurs autres Etats sahéliens. Le PNIASAN permettra-t-il au Togo, un jour, dans les conditions actuelles, de s’auto-suffire, d’améliorer les revenus des populations rurales, de permettre aux Togolais de manger à leur faim, et de réussir là où son ancêtre le PNIASA semble avoir échoué? La question reste posée.

 

Cogetra
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