CEDEAONationalPolitique

6ème édition du rapport mondial sur le bonheur : Togo cherche bonheur

Il faudra bien se rendre à l’évidence, la situation que vivent aujourd’hui les togolais, dans leur grande majorité, est tout, sauf rose. Une situation que confirme, la 6e Edition du Rapport mondial sur le bonheur, classant le pays, au 150e rang mondial, sur 155 pays, et en Afrique, 40e sur 44 Etats. De quoi relancer le débat, surtout quand le nouveau Rapport tend à suggérer, «…que les gens sont significativement plus heureux, dans les sociétés où il y a moins d’inégalités ».

Le Rapport mondial sur le bonheur

Cette étude, qui est à sa 6e Edition, et qui a été conduite par des cabinets de renommée mondiale, à laquelle plusieurs experts internationaux ont apporté leur concours, se veut aujourd’hui une référence, au même titre que le « Rapport Doing Business » de  la Banque mondiale, ou le Rapport des Nations Unies. Si à ses débuts, ce Rapport s’assimilait presque à un classement des pays par Produit Intérieur Brut (PIB par habitant), depuis, il s’est davantage affiné, intégrant à son évaluation, des critères essentiels comme : le revenu, la santé, la protection sociale, la liberté de choix, la générosité et la confiance. Des éléments d’appréciation qui l’année dernière, ont encore prévalu, indiquant par là, que « la nouvelle recherche, suggère que les gens sont significativement plus heureux, dans les sociétés où il y a moins d’inégalités ». Un aspect que les auteurs du Rapport ont tenu à souligner.

Les classements du Rapport 2016

Dans le classement mondial, la première place revient cette année à la Norvège, qui détrône le Danemark, deuxième, et l’Island, troisième. La Suisse arrive en quatrième position, suivie de la Finlande. Au niveau africain, quelques surprises par rapport au précédent classement, mais dans la majorité, très peu de mouvements.

L’Algérie, 53e au niveau mondial, se maintient cette année encore, à la première place des pays africains, suivie l’Ile Maurice (2è), de la Libye (3è), du Maroc (4è), de la Somalie (5è), du Nigéria (6è), de l’Afrique du Sud (7è), de la Tunisie (8è), de l’Egypte (9è), et de la Sierra Leone (10è). suivie de la Somalie (4e), le Maroc (5e), la Tunisie (7e), le Nigéria (8e), la Zambie (9e), la Sierra Léone (10e). Ferment la marche, le Soudan du Sud, le Liberia, la Guinée, le Togo, le Rwanda, la Tanzanie, le Burundi et la République Centrafricaine. Comme quoi, au niveau macro-économique, l’on peut aligner de bons chiffres, tandis qu’au niveau des populations, la situation soit désastreuse. De quoi remettre en question, l’indice de développement en Afrique et dans la région subsaharienne, aujourd’hui réduit à la seule croissance économique.

Le paradoxe togolais

S’ils sont nombreux ces dernières années, à saluer la reprise économique et le développement du pays, surtout dans les infrastructures, ils sont aussi nombreux, ces experts, à tirer la sonnette d’alarme, sur l’endettement croissant et rapide du pays ; mais et surtout, sur le fait que cette croissance ne soit pas inclusive. Il faut dire que depuis 2007, les autorités togolaises ne ménagent pas leurs efforts, pour faire entrer le pays dans la modernité, surtout en ce qui touche à l’amélioration du climat des affaires, condition essentielle pour attirer les investissements directs étrangers, base de la politique nationale de développement.

Des efforts salués par le Rapport 2015 « Doing Business » de la Banque mondiale, classant le Togo parmi « les dix économies du monde qui ont le plus progressé sur le climat des affaires… ». Mais, faut-il le souligner, juste un bon de 15 places, pour se classer au 149è rang mondial. Dans le même temps, au niveau macro-économique, la tendance est à la consolidation de la croissance de l’économie. Et selon le Rapport 2015 de la Banque Africaine de Développement (BAD), « les estimations et projections à court et moyen termes, restent favorables, avec des taux de 5.7 en 2015, et 5.9 en 2016, sous les effets combinés du développement du commerce régional, et de l’augmentation des investissements  publics dans les infrastructures … ». Mais, ce regain de dynamisme de l’économie togolaise, confirmé par diverses projections, cache mal un contexte social et de développement humain, des plus désastreux.

Ainsi, depuis 1980, les Indicateurs de Développement Humain (IDH) du pays, ne connaissent qu’une progression moyenne annuelle de 0,47%, en deçà  de la moyenne annuelle subsaharienne de 0,5%. Résultat, à l’échéance des OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement), seuls deux objectifs semblent avoir été atteints : l’éducation primaire pour tous, et l’inversion de la tendance de progression du VIH / SIDA. Sur le plan de la réduction de la pauvreté et du chômage, les chiffres  restent décevants, indiquant par là même, l’échec de la politique engagée ces dernières années.

En effet, pour réduire la pauvreté et le chômage au Togo, le gouvernement, avec l’appui des partenaires au développement, s’est engagé à conduire une Stratégie de Croissance Accélérée et de Promotion de l’emploi (SCAPE), durant la période de 2013 à 2017. Dotée d’un budget de 616,8 milliards FCFA, étalé sur cinq ans, ce fonds devait permettre de réduire le taux de prévalence de la pauvreté au Togo, estimé à 61%, en augmentant le revenu moyen des populations, de 3 à 4% par an. Ceci, par le renforcement du caractère inclusif de la croissance, et la création d’emplois, surtout  chez les jeunes. Malheureusement, cette stratégie, pourtant porteuse d’espoir, semble aujourd’hui avoir échoué. En témoignent, la pauvreté et la précarité, qui se sont généralisées au niveau de toutes les couches sociales, avec de plus en plus, de fortes disparités sociales entre les populations, les villes et les villages, et les régions administratives.

Des chiffres qui témoignent

Ces dernières années,  au niveau national, si l’indice de pauvreté semble avoir baissé, de 61 à 57%, dans le même temps, l’extrême pauvreté, devenue essentiellement rurale, a elle augmenté de deux points. Paradoxalement, sur ces trois dernières années, la part du budget national, consacrée aux secteurs sociaux, a elle diminué, touchant les secteurs de l’éducation, de la santé, de la promotion de la femme, des actions sociales, de l’eau et de l’assainissement. Des  budgets, qui sont passés de 19,9% en 2013, à près de 17% en 2016. En matière d’assurance sociale, à peine 6% de la population est couverte, dont 4% par l’INAM (Institut National d’Assurance Maladie). La population  togolaise, essentiellement rurale, avec près de 76% vivant en milieux ruraux, est également la plus touchée par la précarité, avec près de 68 % vivant en dessous du seuil de pauvreté. En matière d’électricité, seuls 27,6% de la population ont accès à l’électricité, contre une moyenne de 40% dans la Sous-région, dont  50% pour les zones urbaines,  et 5% pour les zones rurales. Dans le domaine de la téléphonie, l’on estime aujourd’hui à 54%, le taux de pénétration de la téléphonie mobile, contre environ 75% pour la moyenne sous-régionale. En matière d’accès à l’eau  potable, la desserte se situait en 2013, à 42% de la population, loin toutefois des 66% projetés, au titre d’OMD pour 2015.

Cogetra
Afficher plus

Articles similaires

Fermer